Chick Corea en podcast avec John Mayer

Il y a quelques jours Chick Corea postait sur son site officiel le podcast d’une discussion qu’il a eu avec John Mayer lors de leur récente session d’enregistrement au studio Electric Lady à New York.

 

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Podcast Chick

 

Le pauvre Chick n’a pas tellement eu le temps d’en placer beaucoup John parle tellement, il part dans tous les sens, il change de sujet au beau milieu d’une phrase… Ce n’était pas du gâteau mais je me suis donc attelée a la traduction de la discussion, enjoy ! (j’ai fais de mon mieux^^)

 

Un épisode spécial en direct du studio Electric Lady à New York.

 

Dans une conversation fascinante, Chick et le chanteur, compositeur et guitariste extraordinaire John Mayer parlent musique, improvisation et révèlent un peu de leur incroyable nouveau projet – avec Pino Palladino (basse), Steve Jordan (batterie), Wallace Roney (trompette) et Manolo Badrena (percussions).

 

Chick Corea: Bonjour bonjour bonjour, ici Chick. Bienvenue à un autre épisode très spécial de – oh appelons ça le « Podcastlandia ».

Oui voici une conversation que j’ai eu il y a tout juste quelques jours avec le super guitariste, chanteur compositeur, John Mayer. Et vous allez entendre un chat que nous avons eu au Electric Lady Studios à New York. En effet John et moi nous nous sommes rencontrés il y a quelques mois, en Décembre. Nous étions tous deux invités au concert de Stevie Wonder “House Full of Toys” ou Stevie a chanté le set complet de son album « Songs in the Key of Life ». Ce fut une nuit incroyable, et la première fois que je rencontrai John.

Nous avons commencé à parler de peut-être improviser ensemble un de ces jours et un peu plus tard nous nous sommes retrouvés au Electric Lady Studios à New York, qui est un lieu chargé d’histoire pour moi, de très bon souvenirs, de 1975, ou j’ai enregistré un album solo « The Leprechaun » avec Gayle, ma femme Gayle. Et vous savez, je ne suis plus jamais revenu dans ce studio depuis. C’était très excitant. John et moi nous nous sommes régalés du temps passé là-bas, à sortir tous ces sons différents, à improviser sur ci sur ça.

Enfin John a été assez sympa pour s’asseoir un moment et discuter et j’ai tout enregistré et voilà!

Moi meme, John Mayer, Electric Lady Studio. Boom!

 CC: John, hey, merci de t’asseoir un moment. Je ne voulais pas interrompre la session.

 JM: Il n’y a rien à interrompre, pas de pression ici.

 CC: C’est vrai! Alors voilà, voici John, John Mayer. Ici Chick.

 JM: Salut.

 CC: Nous sommes à Electric Lady. Et quelle est la limite de ce que l’on peut révéler sur ce qu’on y fait?

 JM: On peut tout dire sauf jouer. Je pensais d’ailleurs mettre quelques trucs sur Twitter l’autre soir. Et je me suis dit que c’était une sacrée révélation quand tu entends ce truc. Le plus gros de tout ça sera de révéler la chose justement, parce que cela n’a rien à voir avec ce que les gens attendent. Et si tu publies une vidéo de 15 secondes, de ton passage préféré, tu enlèves toute la magie de la surprise. Parce que cela risque d’être choquant à entendre pour certains.

 CC: D’ailleurs le sujet général de tout ça, dont je voulais parler, c’est le concept de l’improvisation. Ce que tout le monde veut, musiciens et jeunes musiciens, ils veulent savoir ce qu’il en est exactement et comment on fait tout ça. Cette chose que nous avons fait, c’est comme un parfait exemple de partir pratiquement de nulle part. Enfin pas tout à fait de nulle part. Nous sommes restés nous-mêmes, on voulait improviser, c’est « quelque chose » en quelque sorte. Mais pratiquement nulle part, pas comme avec une chanson, un tempo ou un lick ou ci ou ça. Et juste être ensemble dans cette pièce et commencer à jouer. Ce qui est en général ma façon préférée de faire de la musique.

 JM: C’est certainement perfide. Ce n’est pas pour les faibles du cœur. Si vous êtes à la recherche d’un sentiment de confort cela n’arrivera pas.

Ça rend un peu mal à l’aise. Je ne sais pas si ça fait ça à tout le monde mais pour moi personnellement, je porte la dernière chose que nous ayons joué, jusqu’à ce que l’on joue autre chose. Je le porte vraiment. C’est ce petit micro-tableau de bord. « Comment ça se passe? » Je pense que c’est ma vraie nature quand je suis en studio. C’est drôle quand tu dis qu’on ne part de rien, de nulle part. En effet on ne part de rien mais je pense que la vraie nature de l’instrument que je joue, sur cette session, fait un peu l’effet d’un « producteur » dans le groupe.

 Dans le sens que, tout le monde peut jouer aussi bien, mais il y a vraiment – dans tout l’ensemble, il y a seulement environ 4% de chance à ce moment donné, de créer quelque chose que je peux qualifier personnellement être au niveau au-dessus d’une improvisation.

C’est quelque chose entre guillemets de « durable ». Ce n’est pas que ce que nous jouons n’est pas durable, d’une manière ou d’une autre. Mais, c’est de cette façon quand j’écris de la musique avec des paroles et de la musique pop et d’autres choses. C’est comme, voici toutes ces paroles, tous ces accords, seul un très, très, très léger pourcentage de ce que vous pourriez jouer peuvent créer quelque chose de vital. Donc pour moi, ces moments où vous créez quelque chose de vital, ils me font sauter au plafond. C’est comme jouer avec votre égo, jouer avec vos émotions.

Parce que quand tu es dedans à fond, comme on l’était hier. Et quand 4 heures après tu te demandes « On en était où déjà? » Tu vois ce que je veux dire?

 CC: Ouais. Tu sais ce que je trouve intéressant là-dedans? Quand tu me demande ce que j’en pense. Ces 4% dont tu parles? Je comprends ce que tu veux dire par là, mais la chose que je trouve intéressante, c’est que, dans le but de reconnaître quand cela arrive, je pense que d’une certaine manière il doit y avoir une connaissance au préalable de tout ça.

Sinon tu ne peux pas reconnaître le moment ou cela se produit. Sinon comment tu le saurai? Parce que tout roule comme une bobine de film. Et donc comment tu vas isoler ces petits 4%?

 JM: C’est vrai. C’est comme avoir un œil pour si tu…

 CC: Tu le sais déjà donc.

 JM: Et bien il s’agit de…

 CC: Dans un sens

 JM: Tu sais, parce que tu as déjà entendu plein de trucs avant et tu sais ce qui est bon, ce qui est spécial ou ce qui ne l’est pas. Une bonne analyse c’est comme un bon photographe, qui étale des centaines de feuilles de prises de vue, avec son crayon gras et qui voit le truc très vite. « C’est ce cliché ». Alors que toi et moi, comme de simples photographes amateurs on mettrait la journée « ça c’est bon, ça c’est bon, et celui-là aussi. » Et du coup on entourerait tout au crayon parce que tout serait bon pour nos yeux qui n’ont pas l’habitude comme un pro.

Donc pour moi, la pré-connaissance c’est cette sorte de question muette à laquelle je pensais ce matin « Est-ce tout? » Tu vois? 

Comme ça arrive souvent à David Letterman quand il fait « C’est tout? » Et quelqu’un sort et fait quelque chose de complètement bizarre et ésotérique et, bien sûr, c’est une question rhétorique. « Est-ce rien ou quelque chose? ».

 CC: C’est une bonne question.

 JM: Mais c’est vraiment la question. Constamment j’ai un filtre dans mon esprit. Donc, je suis à moitié le joueur, à moitié l’auditeur. Je me dis « Est-ce quelque chose? » Et si c’est quelque chose, alors tu es sur la bonne voie.

 CC: Parce que je suis toujours à la recherche d’un point de réception, tu vois. Quand tu dis « Est-ce quelque chose? » la première personne à savoir vraiment ou à répondre à la question, c’est toi même, bien sûr. Tu regardes la vie défiler, tu fais ce que tu fais, et tu fais ça ou pas ça. Quelque chose te frappe ou ne te frappe pas. Je peux penser immédiatement à deux autres endroits, je suppose, que tu es probablement aussi en train d’évaluer, je le fais aussi, et c’est la première chose que je fais d’ailleurs, les autres musiciens du groupe avec lesquels tu joues. Whooa, ils reçoivent la chose aussi, tu vois ce que je veux dire?

Mais pour finir, puisque la musique est, pour moi, un peu incomplète sans un public, il y a ça aussi. Donc quand tu évalue tout ça, c’est pour toi, pour le groupe, ou le public ?

 JM: Pour moi, ça a toujours été pour le plan. Ainsi, le modèle et le plan peuvent changer suivant comment vous allez, le plan a toujours été important pour moi.

Comment créer quelque chose qui se situe parfaitement entre 4, 5 modèles différents, qui semblent nouveaux, mais confortables, mais nouveau en même temps. Donc pour moi, je fais une sorte de trou dans mon esprit et j’imagine une partie de ma vision périphérique de ce qu’est le plan.

Et tout le temps tu dois revenir vérifier le plan. Je pense tellement à la session avant d’y aller et quand j’y suis du coup je ne m’emporte pas. Donc je peux, en quelque sorte, garder une sorte de longitude en termes de ce qui se passe. Mais aussi il arrive que tu dois te débarrasser de certaines choses, parce que si tu réfléchis trop à ce plan tu t’interdis pas mal de choses pendant l’improvisation tu vois.

Donc le truc c’est de vraiment savoir quand frapper, quand se retirer et se relaxer. Et je me trouve meilleur en vieillissant. Quand j’étais plus jeune, c’était incroyable, j’étais une boule de nerfs. Et si quelqu’un avait le malheur de jouer quelque chose que je n’aimais pas je sortais de mes gonds, « Hey non, pas çà, essaie ça plutôt ».

Et puis chaque fois que tu fais une recommandation ou une correction comme ça, à quelqu’un, si la plupart des gens veulent se conformer, ils vont se conformer et puis changer un peu leur façon de penser, leur instinct.

 CC: Changer leur quoi?

 JM: Leur instinct, en essayant de s’adapter à toi. Du genre « Ok il n’aime pas ça alors on ne le fait pas ».

 CC: Donc maintenant tu ne travailles plus avec cet instinct.

 JM: Si, du moment que cette personne garde un peu de liberté. Parce qu’ils veulent plaire ou faire plaisir. Pour moi il y a une démarcation très subtile entre « Hey faisons çà » ou laissons les choses faire. Plus je vieillis plus je fais confiance à ce flux. Mais c’est vraiment, je veux dire je ne sais pas pourquoi je continue à me mettre dans ce genre de situations stupides et inconfortables. Parce que je ne dors pas bien, je ne mange pas bien, je ne rêve même pas bien quand je dors.

 CC: Tu as un plan que tu veux suivre et réaliser.

 JM: Je n’ai pas besoin d’être heureux, j’ai juste besoin de faire ce disque, tu vois ce que je veux dire? Je serai heureux plus tard.

 CC: Tu as un plan en tête que tu veux respecter et il est difficile de juger les autres musiciens. Je vois ce que tu veux dire, tu veux que tes gars soient ouverts et créent eux aussi. Tu ne veux pas les étouffer. Mais le tout a quand même besoin d’une direction à suivre. Et je pense personnellement que la dessus tu fais un très bon boulot.

 JM: Merci. Je reste en quelque sorte le capitaine dans le sens où, je veux sortir un produit qui se sente comme moi, qui à ma sensibilité tu vois. Mais aussi je ne veux pas, et je vois ça aussi dans la co-écriture, tu te rends compte assez vite ou trop facilement si quelque chose en vaut la peine ou pas. Si quelque chose vaut la peine que tu continues. Tu dois décider quand tu vas partir pour 4 heures de boulot intense ou quand tu n’iras pas. Parce que si tu chasses toutes les idées, bonnes ou mauvaises, tu es aussi vite perdu.

Et tes roulements, lorsque tu improvise, ils sont très sensibles. J’ai toujours trouvé dans les jams, comme je le disais un peu plus tôt, tu portes vraiment chaque note. Tu les fais monter dans les airs et flotter autour de toi.

Si tu prends du plaisir alors ta note est bonne. Si c’est brouillé c’est que peut être tout est trop long, tu vois. Je n’ai jamais aimé improviser étant plus jeune. J’aime entrer et sortir. Même si c’était improvisé et instrumental. C’est difficile à expliquer. C’est comme si tu obtenais ce résidu émotionnel de ne pas entrer et si tu sortais avec une idée. Tu vois ce que je veux dire?

 CC: Oui parfaitement.

 JM: C’est en toi c’est marrant, ta poitrine commence à te chatouiller un peu.

 CC: C’était une bonne chose l’autre jour quand tu as dit « Bon ok, on a exploré presque neuf mille idées maintenant faisons ça. » Je pense que c’était la bonne chose à faire.

 JM: Ça l’était oui. Et ce qui est super avec toi, c’est que même si nous savions la forme que cela prendrait dans l’ensemble, on sait que les idées sont encore bonnes à prendre et que tout reste ouvert à discussion.

 CC: C’est vrai.

 JM: On reste ouverts. Nous avons cette chanson hier, une des meilleures, et si pas la meilleure, la meilleure expérience. C’est ce que je dis, pour moi, c’est très- c’est quelque chose de très physique pour moi. Si tu rentres dans quelque chose et que tout le monde y rentre aussi, et se déplace à travers en une seule unité, c’est concis, c’est un sentiment propre. C’est comme une combustion mais propre que tu ressens dans ton corps. Tu te sens heureux, joyeux et fier.

Et parfois tu as besoin de. Tu dois aller en forêt, changer d’air. Et cela peut être vraiment ingrat ; et tu peux te poser plein de questions sur ton jeu tout à coup, te sentir au plus bas et tu y retourne « Oh non, rien de tout ça n’a de sens. » Mais tu dois rester calme. Et tu sais que tu peux tout tirer vers le haut pour trouver la bonne idée. Déplacer cette idée sur une autre bobine et voilà tu l’a. Et cela deviens une bonne expérience.

Mais c’est tellement facile de partir en vrille et se sentir à plat d’un coup « Rien de tout cela va fonctionner. Je fais perdre leur temps à tous ces gens. C’est du gâchis ».

 CC: Moi je pense que l’on va quelque part. Tu sais, j’ai toujours eu un objectif haut dans le ciel que je garde pour moi. Desfois je me parle à moi-même « bon, qui suis-je pour faire cela et pour qui je fais tout ça? » Moi, mon groupe ou mon public? »

 JM: C’est cool. Et c’est quoi ta réponse?

 CC: Il y a un autre élément aussi. Il y a un autre élément. Il y a moi, le groupe et il y a le public. Mais tu sais ce qu’il y a? Il y a l’équipe. Tous ces gars-là. Les promoteurs, le management, Et tous ces gens qui organisent ça pour nous. Et tout ça c’est le package complet.

 JM: C’est vrai.

 CC: Donc pour moi, le vrai pied, l’évasion totale, c’est quand tu joues et que tout le monde est sur le même nuage. Comme tous ces points. Toi, le groupe, le public, les organisateurs et le public tout est éclairé. Tout le monde rayonne. Et c’est comme ça que je peux rentrer à la maison, ou à l’hôtel et passer une super nuit.

 JM: C’est marrant que tu parles de show. Parce que le show, en supposant qu’il existe après le disque. C’est en quelque sorte le point final, la dernière étape ou tout le monde va croire que ce que tu as fait est vraiment la bonne chose. Donc pour moi, il y a des moments dans ma carrière ou je dois faire en sorte d’oublier la façon de penser des gens.

Juste pour être capable de monter au prochain niveau. Mais ce que j’ai trouvé c’est que même si vous essayez d’aliéner la zone de confort de quelqu’un, pour arriver là où tu dois aller, si la musique est géniale et qu’elle les transporte, ils reviendront toujours vers toi. Donc, il y a des moments où je dois me séparer de tout ça, de la meute. C’est pourquoi il y a autant de pression sur moi. Donc tout concorde quand je disais être le capitaine de la session, parce que mon égo veut que je revienne prendre le dessus.

Je dois tout ça à l’idée de faire en sorte que je sorte de cette expérience avec quelque chose de réel, que je peux jouer avec le groupe. Pour le manager. Quand elle est vraie, et peu importe le style de musique. Si elle est efficace elle transporte les gens.

 Tu vois, on a passé une bonne quinzaine de minutes à improviser la première nuit au studio. J’étais tellement excité. J’ai commencé à le faire écouter avec l’iPhone, comme on fait goûter un verre de vin. Et je scrutais leurs lèvres. Et ils étaient absolument émus par cela. Parce qu’il y avait ce – C’est cette chose avec Steve et Pino. C’est très intéressant. Beaucoup de gens utilisent le mot « commercial » mais ce n’est pas trop le bon mot. Ils ne peuvent pas laisser cette sorte de – et c’est une bonne chose- nous aimons tous ce qui est accessible. Accessible ne veut pas dire facile pour autant. Il y a juste ce, tu peux l’appeler ainsi, il y a ce groove. Tu peux l’appeler, tout le monde à un mot différent pour ça. Mais c’est comme, tu ré écoute tous ces disques et ils sont terriblement efficaces dans le sens ou les gens peuvent carrément tomber dedans et se dire « Wow ».

 CC: Absolument.

 JM: Mais tu dis aux gens « J’ai envie de faire un disque de jazz avec Chick Corea et Wallace Roney » et là ils font « Euhh je ne… » La seule façon de prouver le concept d’art et de faire cet art.

 CC: Oui le faire et voir ce qui se passe. Et le communiquer.

 JM: Oui les peintres par exemple, tu ne les vois pas discuter avec les gens « Je pense peindre quelque chose dans ce style, laisse-moi t’expliquer. Et dis-moi si tu l’achèterai ».

 CC: C’est incomplet jusqu’à ce que cela arrive aux oreilles de l’audience, et c’est là que tu te rends compte de la portée de ce que tu as fait. Je veux dire, tu es déjà arrivé loin en terme de rendre les gens heureux avec ton art, ce que j’admire vraiment beaucoup.

 JM: Merci beaucoup.

 CC: Parce que je viens d’un milieu différent, ou les vingt premières années de ma vie, je ne me préoccupais pas de tout ça, pas du tout. J’avais des œillères. Je t’expliquais ça hier soir. Et Stevie Wonder est la première personne que j’ai pu voir communiquer avec autant de monde, avec une très très haute qualité de communication et cela m’a inspiré, j’ai voulu faire pareil. Et puis je ne savais pas trop comment faire. Je ferai mieux d’apprendre à chanter.

 JM: Tu n’as pas besoin d’apprendre à faire autre chose. Tu as tout bon.

 CC: (Rires) Chanter ou jouer de la guitare ou peu importe. Mais ça m’a toujours inspiré tu vois. Mais comme tu disais plus tôt tu dois renter dans le truc, avec quelqu’un qui tiens le fil directeur. Je ne pense pas que ce soit toujours l’histoire d’un groupe. Cette idée initiale. Ça peut devenir un truc de groupe. Mais les idées individuelles ne viennent pas d’un groupe. Elles viennent d’individus. Même quand tu improvise, quelqu’un à une idée bien en tête, que les autres décident de suivre et de reformuler. C’est un processus de donner et recevoir.

 JM: Aussi, au fur et à mesure que la session avance tu en apprends plus sur ou elle va. Certains morceaux, on les ré écoute et la tu te dis « Mec, ce disque c’est tout à fait ça ». Ça t’aide à te focaliser sur l’essentiel. Tu ne le fais pas si tu as peur. Tu dois exploiter chaque minute qu’il te reste à faire quelque chose de génial. Si tu considères ça comme un échec parce qu’au fond de ton esprit tu penses que tu vas choquer, tu perds l’inspiration et tu veux poser ton instrument en disant « Je crois qu’on est bon ».

Pour moi, je pense que c’est l’esprit que tous ceux qui veulent faire carrière doivent adopter. C’est un esprit qui se bat, qui n’abandonne pas tant qu’il ne remballe pas son matos. Tu vois ce que je veux dire?

Tu peux juste avoir besoin de 8 minutes pour changer de vie. Ça peut être les 8 prochaines minutes. Et celles d’après l’heure qui suit. Peut-être demain soir même. Mais tu dois te concentrer pendant ces moments. Et faire confiance en tout ceux qui jouent, faire confiance à ton jeu, croire en la vibe, croire au moment. Cela ne m’inquiète pas que l’on ne fasse pas de musique en ce moment même.

 CC: Tu dois continuer. Je pense que tous cela est génial mec. Je veux profiter de ce moment une seconde pour autre chose d’un niveau plus « nerd »

 JM: Ok j’essaierai d’être le plus profond possible. 

 CC: Juste pour une seconde. Dis-moi quel est ton concept de ce mot souvent utilisé en art et en musique. Et on utilise ce mot et les gens sont toujours – tu sais quand je fais des ateliers, les musiciens me parlent toujours de ce concept. Donc j’aimerai connaitre ton opinion la dessus maintenant. Qu’est ce qui est « improvisation » et qu’est ce qui n’est pas « improvisation »? Ou tout ceci est-il trop « nerd »?

 JM: Bon, je peux répondre au premier. Je pense que l’improvisation est une autoproduction; une autoproduction musicale. Tu es ton propre producteur. Tu n’es pas un artiste. Tu es moitié artiste, moitié producteur. Donc tu produis constamment ton titre sur ton instrument. Et tu le produit avec plein d’autres producteurs qui produisent leurs propres titres. Et quoi ce que cela puisse être, et qui tu es dans le groupe, tout est dans l’écoute.

Et ce que l’improvisation n’est pas c’est, l’entrainement de groupe. Par exemple, où je suis maintenant dans mon jeu j’essaie de ne pas utiliser une chanson pour m’entraîner. 

C’est comme pour avoir quelque chose de bien. Comme cette chose que j’ai faite hier, j’ai mis une minute et demie pour y arriver. Et ce n’était pas le bon moment. Ça aurait dû me prendre 6-8 secondes. Mais ce que j’ai fait, c’était égoïste, ou malpoli si ce n’était pas égoïste. Profiter de tout le monde qui est en train de jouer ce morceau juste pour me perfectionner ou explorer cette petite partie de guitare.

Et j’ai ré écouté ce (fredonne cette partie de guitare) quand je fais cette chose un peu synthé et je me suis dit « oh mais c’est chouette! »

Mais en laissant complètement la chanson et le groupe de côté « genre c’est chouette alors laissez-moi trouver le bon truc ». Et je ré écoute et je grince des dents parce que c’est tout moi ça, en train de développer une idée.

Donc ce que l’improvisation n’est pas c’est, développer une idée personnelle en profitant du temps de quelqu’un d’autre. Tu vois ce que je veux dire? Tu peux développer une idée avec quelqu’un en tant qu’unité. Mais l’utiliser, pour toi (fredonne la musique) « attends c’était cool. Oh mais j’ai raté ça. Attends laisse-moi réessayer et on reprend ».

 CC: Oui les autres jouent et toi tu répètes

 JM: Oui tu répètes, mais juste pour une seconde. Et j’ai fait ça hier, je me suis entendu et je me suis dit « je déteste ça! ».

 CC: J’ai commencé à répéter avec toi (ils rient ensembles) et j’ai commencé (il fredonne la musique).

 JM: (rires) Je crie aux hauts parleurs, dans ma tête « Stop! J’espère que c’est la dernière fois que je fais ça! » (fredonne la musique)

Si tu n’y arrive pas, rentre chez toi et entraîne toi. Ne t’entraîne pas sur un disque avec Chick Corea. Mais pour moi, l’improvisation c’est, et tu ne peux pas te tromper avec ce mot, tu ne peux pas dire « bon je ne fais pas ça » c’est lyrique. Tout devrait être basé sur le lyrique. Si ça ne capte pas ton oreille ça ne captera pas celle du public. Pas besoin de sonner comme une chanson avec des paroles. Certains utiliseront le mot « fond ». Mais des fois il n’y a même pas besoin de fond.

 CC: Ça doit juste couler.

 JM: Ça doit couler oui, comme certains mots sonnent bien ensemble. Certains mots sonnent bien. Comme tu ne mettrai pas certains sons phonétiques dans une chanson parce qu’ils ne découlent pas bien avec les lèvres.

Imagine si tu es un instrumentiste, comment cela peut paraître si tu es chanteur. Toutes tes consonnes et les voyelles seraient difficiles à chanter, à concorder entre elles.

Et puis tu écoutes Frank Sinatra “Look at yourself if you had a sense of humor.” et puis “Ooh, look at yourself if you had a sen—” Il y a un flow naturel  à tout ça, et tu dois penser à ça aussi avec un instrument. Cela ne doit pas être répétitif ou basé sur un motif, un fond en particulier, mais sur un certain lyrisme naturel qui n’a rien à faire de la forme de l’échelle comme cela existe sur un instrument.

C’est ce que les gens appellent « sortir des rangs ».

 CC: Il n’y a pas de pépins. Tout est dans le temps présent. C’est maintenant. Sans réfléchir. Tout coule juste, je saisi oui.

 JM: J’ai encore ces moments tu sais; Il y a maintenant des moments – bon j’ai 36 ans; ça fait 21, 22 ans que je joue. 23 ans, 23 oui. Et je suis dans ce moment où je peux vraiment respirer et contribuer à un titre sans pour autant percer dans le jeu et jouer au-dessus de tout le monde. Je le fais encore et j’en apprends encore. Ce genre de moments ou la guitare prend le dessus sur le titre, tu vois?

 CC: Oui vas-y et perce le titre (rires)

 JM: Oui j’essaie. J’aime vraiment être la colle ici. Ouais perforer le titre. Soudain tu es comme, le gamin de 6 ans qui se la joue dans un film souvenir, devant toute la famille. Et je fais encore ça, et je me dis « Ohhh ok ».

 CC: Moi ça me va mec. Hey merci mon gars. Je trouve que c’est un incroyable… Je n’ai jamais entendu un tel point de vue avant.

 JM: Merci mec.

 CC: Je pense que c’est intéressant, intéressant pour les gens et pour moi, de voir que nous tous, pensons vraiment différemment à propos des choses que nous faisons et je pense que si ces choses sont reconnues de tous tu as enfin ton plan. J’ai un plan. Nous avons différentes façons de l’atteindre et c’est bien comme ça. C’est un point de départ. C’est une vérité. Nous avons nos propres modes de fonctionnement.

 JM: Je sais aussi quand il y a une certaine corde que je ne peux pas faire. S’il y a une certaine corde que je ne peux ne pas faire c’est que ce titre n’est pas fait pour moi. C’est comme quand, les gens me demandent de jouer certaines chansons.

De grands artistes m’envoient des chansons pour jouer dessus et je ne peux pas jouer, parce que je n’entends pas ou je peux jouer dessus, tu vois?

La guitare est un instrument délicat pour le jazz. C’est un instrument très délicat. Tu vois, comme ma première session jazz avec Herbie Hancock. Et Steve était sur cette session. Et je crois que je l’ai même déjà dit sur ce documentaire qu’ils tournaient; J’ai commencé à flipper quand Herbie m’a dit « Allez viens et joue avec moi ». Parce que je me disais « Mais je ne sais pas jouer ces licks ». Et puis j’ai réalisé, il sait probablement je ne connais pas ces licks, parce qu’il ne m’a jamais entendu jouer ces licks. Donc il voulait m’entendre faire mon truc.

 CC: Exactement.

 JM: Tu dois faire ton truc. C’est là que ça devient vraiment intéressant. J’ai essayé de gérer ce sentiment d’être hors course ou dépassé par les gens autour de moi. Cela vaut pour tous ceux qui écoutent. Tu développes ton truc tu vois? Je regardais des trucs de John McLaughlin ce matin justement. Il joue sur une 12 cordes. Il joue presque ce genre Led Zeppelin. C’est un jazzman . Et puis tu te rends compte qu’il y a beaucoup de monde qui apprend la guitare jazz, rendue célèbre par 4 ou 6 personnes. Tu vois ce que je veux dire?

 CC: C’est un point de vue intéressant. Et qui sont-ils ?

 JM: Et bien il y a Wes Montgomery, Joe Pass, Grant Green.

 CC: Bien bien, je vois ce que tu veux dire.

 JM: Tu vois.

 CC: Tu dois mettre John dans ce tas.

 JM: Ah oui John McLaughlin.

 CC: Benson.

 JM: George Benson – Ce genre de – Tal Farlow. Tu vois, Tal Farlow est en quelque sorte, tu vois, tu peux faire sonner une jazzbox comme plein de choses différentes. La même chose arrive avec la guitare blues.

La plupart des gens prennent une Strat, ils jouent Hendrix, Stevie Ray Vaughan, Eric Clapton. Des choses du genre. Et donc ce que j’essaie de faire c’est de voir la guitare comme une guitare. Comme quelque chose qui fera ce que tu  en veux. Donc qu’est-ce que tu veux qu’elle fasse? Un peu comme, tu demandes le menu quand tu décroche ton instrument;

 CC: C’est vrai, c’est cool.

 JM: Un peu comme tu dis. Comme ces pâtes –

 CC: Aglio e aglio.

 JM: Tu demandes au chef à chaque fois que tu prends ton instrument, tu demandes au chef de faire quelque chose de diffèrent de ce qu’il y a au menu. Chaque instrument, chaque instrument a une ornière géométrique en elle. Pour la guitare, c’est la gamme pentatonique. La gamme pentatonique est la plus satisfaisante, la plus facile à apprendre. Et c’est facile à apprendre parce que c’est à peu près comme une boîte.  C’est presque symétrique de haut en bas. N’importe qui peut le faire. N’importe qui peut la ramasser.

 CC: Tu veux dire le « fingerwise »?

 JM: Ouais

 CC: Oh je vois oui

 JM: Donc, la façon dont les joueurs de guitare la voient, c’est juste cette boîte mobile. Littéralement, c’est juste une boîte mobile. La raison pour laquelle il y a tant de guitariste, c’est parce que les formes peuvent rester les mêmes, de haut en bas, jusqu’au cou. Je veux dire, le piano devient décontextualisé, chaque touche. Donc, pour les guitaristes, il y a cette géométrie où nous jouons d’abord avec les formes. C’est une aventure musculaire. Une aventure dans la géométrie.

 CC: Cela peut être pareil pour le piano.

 JM: Vraiment?

 CC: C’est possible. La même chose avec un piano.

 JM: Imagine-le comme un chef prêt à faire tout ce que tu veux. Mais de quoi tu as envie? Je ne sais pas, montre-moi un menu. Tu as faim de quoi?

 CC: Tu as développé avec certitude assez de technique avec l’instrument. Tu peux en faire à peu près tout ce que tu en veux il me semble.

 JM: Ok merci. Je ne sais même pas comment classer la chose que je ne peux pas faire. Il y a une certaine complexité dans le mouvement harmonique, comme une rivière tumultueuse. Et les rapides sont trop pour moi. Mais je pense aussi que tout le monde a ses forces et ses faiblesses. J’ai adoré Albert King en grandissant. Albert King ne jouait que quatre licks et j’aimais ça.

 CC: J’ai grandi dans ce courant de l’harmonie et du be-bop qui se déplace à travers les changements et tous ces genres de trucs. J’essaie d’apprendre à faire des mélodies sur une vamp. C’est mon truc préféré. Surtout depuis la découverte de la musique latine et la musique flamenco. C’était mon incursion dans les vamps.

 JM: N’est-ce pas comme un musicien qui voudrait être un tout autre musicien en même temps. C’est comme si tu étais une couleur de peinture, et tu as différents dégradés. Mais si tu es rouge tu ne peux pas être vert. Tu dois juste trainer avec des gars verts comme toi.

 CC: Je pense oui !

 JM: Tu vois ce que je veux dire?

 CC: Je pense qu’on fait de belles découvertes pendant ce chat ensemble.

 JM: C’est vraiment super oui. Qui sais ce qui va arriver. Mais je vais te dire, l’improvisation, je vais aussi te laisser avec cette chose, va sans cesse te laver le cerveau.

 CC: Merci. Je veux que tout le monde se souvienne de ce qu’il vient de dire.

 JM: Vraiment? Tu es d’accord?

 CC: Oui, c’est quelque chose pour moi que tu peux graver dans la pierre. Comment tu as dit?

 JM: Tu dois être en mesure de nettoyer ton cerveau après une improvisation. Mets toutes les idées dans la catégorie « non utilisées ».

 CC: Ouais, tu dois être la, et maintenant. Pas de passé.

 JM: Nettoie le bien. Tu sais, peut-être on se branchera et je cours toujours dans cette ornière  en disant « on a déjà fait un truc du genre » Bon, non en fait.

 CC: Euh oui, la tu es dans le passé.

 JM: C’est vrai. J’ai envie de te dire, l’allégorie c’est tellement comme le blackjack. Nouvelle partie, mêmes cartes. Les jetons sont sur la table. On a plus que trois jours à jouer. Je pourrai être millionnaire avec tous ces jetons. Du moment que j’y vais doucement, que je prends mon temps et que je fais attention. A chaque fois les cartes repartent et se re-mélangent, je n’ai pas encore vu une seule carte. Joue avec cet état d’esprit.

 CC: Allons jouer !

 JM: Tape m’en cinq Chick !

 CC: Je suis prêt, merci mec.

 JM: Merci ! C’est une poignée de main, une poignée de main audio.

 Bill Roney: Eh bien voilà, j’espère que vous avez apprécié ce podcast. Si vous voulez voir quelques photos de la session d’enregistrement de Chick avec John et ses amis  visitez notre page ChickCoreaMusicWorkshops.com.

Vous pourrez aussi y découvrir un atelier online très spécial à la fin du mois.

C’était ChickCoreaMusicWorkshops.com. A la prochaine.

 

Source: chickcoreamusicworkshops.com

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