Interview « Guitarist » 2010 – Battle Studies & la Black One

En ligne aujourd’hui une interview datant de 2010, accordée au magazine Guitarist, lors de son passage à Londres. John Mayer nous en apprends plus sur la conception de « Battle Studies » et y parle, entre autre, de la Black One.

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Lors de sa visite à Londres « Guitarist » a rencontré John Mayer et nous avons discuté de sa vie, de son matériel et de son tout dernier album studio « Battle Studies ».L’interview originale apparaît dans le numéro 327, mais voici la transcription de cette rencontre dans son intégralité, seulement sur Guitarist.co.uk.

G : Félicitations pour ton nouveau disque – cela à du être difficile de revenir après « Continuum », après son immense succès.

JM : Cela a été difficile dans le sens où il a fallu faire quelque chose, et « Continuum » avait placé la barre très haute car il été apprécié pendant longtemps, c’était dur de faire mieux. Les gens l’ont bien compris et ça été un gros succès dans ma carrière et je me rappelle avoir pensé, mon Dieu, j’aurai aimé de ne pas avoir à faire autre chose parce que ce dernier avait mis le niveau très haut.C’est un peu jouer la sécurité de dire, « ok wow, la dernière chose que j’ai faite c’est Continuum, stop j’arrête là ».

Et donc, il faut faire face à la musique, sans jeu de mots, comme « tu dois essayer autre chose – Continuum ne sera pas le dernier disque; tu dois lever cette barre et faire quelque chose de nouveau ».

Je pense qu’il a eu le succès mérité, et maintenant je dois me dire « Regardez, il y aura beaucoup plus de choses maintenant, nous devons mettre Continuum en sourdine et faire autre chose ». Tu sais, je ne compte pas vivre que de « Continuum ». A partir de là je pense que c’est devenu plus facile, que quoi que je fasse ce ne sera pas du « Continuum », bon ou mauvais. Et puis cela est devenu vraiment libérateur.

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G : Quand tu as commencé à travailler sur « Battle Studies », comment te sentais tu en tant que John Mayer, en tant qu’artiste solo, en opposition avec le John Mayer Trio, et aussi la sortie du « Live In Los Angeles » – une nouvelle perspective peut être ?

JM : Le Trio a toujours été passager, parce qu’on n’a pas beaucoup de temps pour jouer ensemble. Mais j’ai ressenti ça récemment et je me défendrai toujours, je ne me sentais pas comme un ours qui faisait de la guitare. Je voulais juste faire un break et pianoter, profiter de la vie et écrire ces chansons.

Quelque chose se passe quand tu prépares un disque, que tu ne peux pas prévoir, et tu n’as aucun contrôle, c’est juste la façon dont les chansons se figent.

Et dans ce sens « Battle Studies » est un album différent – la tentative est la même, essayer de faire du blues, du R’n’B, quelque chose de soul comme « Continuum », un rock un peu seventies, la tentative est la même, essayer de mettre le meilleur groupe de chansons ensemble, et l’espoir est que lorsque vous les mettez ensemble, en quelque sorte, elles prennent vie.

Et cela commence plutôt bien, tout ça à commencé à avoir du sens pour moi maintenant que le temps passe. Nous avons fini par voir comment ça fait après une semaine ou deux; les gens auront vraiment la chance d’en profiter et de vivre leur vie avec ces chansons. Alors maintenant, tout se transforme en vrais morceaux, et c’est passionnant, comment le groupe apprend, comment j’apprends moi-même à les jouer. Parce qu’en tant que guitariste, et en tant que chanteur, juste parce que vous les avez composé, cela ne veut pas dire que tu vas bien les jouer. Et même après avoir tout enregistré cela ne veut pas dire que tu vas vraiment bien les jouer. Donc pendant les 3/4 premiers mois tu apprends vraiment à te faire les doigts dessus.

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G : Je présume que tu as exploré beaucoup de choses en studio, écrire en studio par exemple, peut-être plus qu’avant ?

JM : Oui c’est une proposition difficile et en même temps un pari. Si tu vas en studio, et Dieu sait que passer du temps en studio est de plus en plus cher, et si tu vas en studio et si tu explores et tu ne trouves pas ce que tu cherche, tu deviens, enfin du moins je serai très rapidement découragé et ça pourrait me faire totalement partir en vrille, de façon créative. Je dois vraiment être sûr que si je vais chercher quelque chose je dois le trouver. Parce que si ce n’est pas le cas je ne veux pas recevoir ce coup de fil qui dirait « Vous ne voulez pas plutôt aller chercher une maison quelque part pour aller écrire vos chansons..? »

Je prends tout très au sérieux du moment que je suis en studio et je veux leur dire « je n’ai rien encore mais venez, suivez moi ». Ça me donne envie de produire quelque chose de génial, parce que l’alternative à cette question est d’admettre que vous êtes rentré tous ensemble dans ce studio et vous n’avez rien au final.

G : La dernière fois qu’on a discuté ensemble tu venais de t’offrir une Blackguard Telecaster de 52, et en quelque sorte elle t’a inspiré dans quelque chose de nouveau…

JM: Oh oui, justement j’en jouais la nuit dernière.

G : Donc est-ce que toutes ces différentes guitares t’emmènent dans des directions différentes au niveau de l’écriture?

JM : Absolument. En fait j’ai un rig entier dédié à cette guitare. Une petite Deluxe – un vieux Blackface Fender Deluxe, quelque delays assez cool, un peu de distorsion…
Il y a une belle cheminée aussi, ça donne un étrange côté country a l’enregistrement.

G : On peut entendre plus de son type Tele tout au long de ce nouvel album, la guitare de Rick Turner sur « Half Of My Heart » par exemple…

JM : Oui il y a quelque chose de vraiment amusant pour ce qui est des guitares avec lesquelles on a joué sur scène et qu’on à joué sur l’album; la même guitare avec la même pédale qui était sur le disque. Cela contribue à cette empreinte harmonique globale qui est la même qui est sur le disque, donc il y a des moments ou quand on joue avec on se dit « hey mec, ça sonne comme sur le disque ».

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G : On parlait avec Mike Eldred du Fender Custom Shop récemment, et il m’a dit que tu aimais beaucoup la Cabronita Especial…

JM : La Cabronita !! Oui j’adore cette guitare. Ça m’a pris presque 10 ans pour.. non, plus de 10 ans, 15 ans, pour être capable de prendre une Strat et jouer autre chose. Ma guitare du moment est la Les Paul SG – tu vois de laquelle je parle?

G : La 61 ?
JM : Oui la 61 quelque chose comme ça, une guitare cool.

G : C’est très différent pour toi, comparé aux strats habituelles?

JM : Oui, comme je disais, je suis sorti de ce jeu « musclé », ce jeu genre « bombe atomique ». C’est plus fun pour moi maintenant de.. comme la mélodie principale dans « Friends Lovers or Nothing » – Je suis encore plus fier d’avoir composé ça que d’avoir repris un phrasé d’Albert King sur une autre composition. (Chante la mélodie) C’est vraiment une douce mélodie, presque banale, et je me suis vraiment éclaté à la faire sonner à la George Harrison.

G : Est-ce que tu veux dire que tu es plus reconnu pour tes mélodies et tes phrasés?

JM : Oui j’aimerai !

G : Donc maintenant, en tant que quelqu’un qui aspire encore à être un bon guitariste, est-ce que tu ressens cette pression de Guitar Hero ?

JM : Non, pas vraiment, c’est pourquoi j’ai dis que je voulais faire un disque pop. Donc le prochain ne pourra pas être pop. Je travaille en total opposé.
C’est pour ça que quand je jouais ce jeu « musclé » je me disais, je veux faire une pause. Et tous les guitaristes le savent, ça aide a revenir et faire quelque chose de mieux pour les prochaines fois.
Et je pense que tout a à voir avec l’importance que tu donne a tes disques. Je les vois comme modérément importants.

G : Donc pour toi les disques sont modérément importants?!?

JM : Je pense qu’il est plus important de continuer à raconter ton histoire plutôt que de rester obsédé sur le genre de disque que tu vas faire. Ils ne sont pas si précieux. Surtout quand tu regardes comment ils sont fait.

Je veux dire, il y a beaucoup de travail, mais sinon? J’écris juste mes chansons, et je les mets ensemble. Et si ça ne marche pas, je recommence et les mettrai sur un autre disque.
J’apprends comment ne pas prendre toutes ces choses au sérieux. Comme maintenant, je veux faire ce genre de disque. Et pour la prochaine fois, je commence déjà à réfléchir à quoi ça pourrait ressembler. Pour vous en mettre plein la vue.. !
La seule chose que je n’ai jamais vraiment appris à faire c’est de savoir comment faire quelque chose de fort sur un album. Comment faire un album qui sonne fort, et qui en jette.

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G : Et sans doute que nous ne parlons pas de compression ni de mastering ici?

JM : C’est ça. Je veux juste enregistrer tel quel, obtenir ce son brut et cru, sonner comme 4 ou 5 personnes ensemble dans un studio, comme un album de Pearl Jam.

G : Peux-tu nous raconter l’histoire de la Black One? J’ai vu un prototype au NAMM en Janvier qui ressemblait étrangement à ta guitare…

JM : C’est une guitare très intéressante. C’est en Octobre 2004 et je revenais des routes après la longue tournée « Heavier Things ». Et je me suis dit que je voulais me faire un petit trip sur le terrain tu vois.
On avait ce show avant aux USA ça s’appelait « Mister Roger’s Neighborhood ». Tu as déjà entendu parlé de Mister Rogers?

G : Non je ne connais pas…

JM : Ok, donc Mr Rogers, a chaque émission, se rend par exemple dans une usine de fromage, ou de crayons, ou de bateaux, parfois sur des plateaux de tournage de films et il nous fait partager ses aventures et découvrir les coulisses d’un endroit.

Eh bien moi c’est pareil, un jour je me suis dit «je veux aller là où on fabrique des guitares. Je veux passer quelques jours à regarder ces gars travailler et je veux moi aussi construire une guitare».
Donc me voilà parti à Corona en Californie au Fender Custom Shop pour deux jours. J’ai commencé par griffer du bois, j’en ai sélectionné quelques-uns, je tapais dessus comme pour voir comment ils sonnaient, ce qui ne donnait rien bien sûr. Mais moi j’avais l’impression de «chercher le bon son !».
J’ai mis tout ça dans la machine CNC….enfin des gars l’ont fait pour moi, mais ils m’ont quand même laissé faire un coté de la guitare.
Après on a tout assemblé, on a peint le truc et puis on l’a laissé là, John Cruz l’a reliquée pour moi et me l’a envoyée quelques jours plus tard…. Et ça sonnait…merdique !!
Ça m’a brisé le cœur. Il semblerait qu’il y avait un problème à l’intérieur de la guitare. Dès que cela fut réparé elle sonnait comme… woooaaaa, un rêve devenu réalité !

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G : Alors, pour toi, qu’est ce qui fait donc une guitare de rêve ?

JM : Je vais te dire, il y a une règle numéro un en guitare. Je suis vraiment désolé pour toi si tu n’en trouve pas une de la couleur que tu cherches, mais si tu prends une Sunburst, alors que tu déteste le Sunburst mais qu’en l’essayant elle sonne du tonnerre avec ton jeu, alors c’est TA guitare ! Tu n’y peux rien mec, elle est faite pour toi !

Si par malheur tu commences à être gourmand, que tu appelles Fender en disant je veux la même que cette Sunburst mais en bleue. Je peux te dire que la bleue va être terrible, ça ne sonnera jamais pareil.
Sterling Ball m’avait fait ; tu as déjà vu la Ernie Ball 25th Anniversary ?

G : Ouais on en avait parlé..

JM : J’adore cette guitare ! Tu l’aime aussi ?

G : Oui beaucoup…

JM : J’aime vraiment cette guitare. Elle fait partie de ces guitares tu sais qui ne se contentent pas que d’un seul son, mais celle-ci sonnait vraiment bien sur de nombreux points.
Ils m’en ont envoyé une, c’était une Cherry Red. Je n’étais pas beaucoup fan de cette couleur, ça faisait un peu rouge sportif.

Donc je leur ai dit « Vous pouvez m’en faire une noire ? ». Et ils m’en ont fait une et c’est arrivé. C’est arrivé, mais ça ne faisait pas ce que ça devait faire, ça ne sonnait pas pareil.
Ils ont alors fini par récupérer la rouge, la poncer et la repeindre en noire.
Donc c’est vraiment difficile d’avoir cette « double chance », de tomber sur la couleur que tu aimes et de te sentir bien avec ta guitare tu vois. Mais la Black One à tout de suite fait son effet. Elle a tout de suite fait le boulot. Et avec l’âge tu sais elle sonne différent, rien qu’en quelques mois elle commençait à changer de tonalité. C’était un réel plaisir de bosser avec elle sur Continuum et un long travail plein d’amour.

On la retrouve un peu sur « Battle Studies » mais c’est vraiment la guitare de « Continuum » – a chaque fois c’est dingue cet effet – c’est la meilleure guitare avec laquelle j’ai jamais joué.

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G : Tu peux nous dire pourquoi ?

JM : Tu sais, plusieurs fois j’ai essayé de me faire expliquer par les fabricants, pourquoi deux guitares faites exactement de la même façon, pourquoi il y en toujours une plus « molle » que l’autre (due à la tension des cordes).
Ils vont te dire, « non la longueur et la tension sont les mêmes ».  Alors pourquoi ces cordes sont plus serrées ? Tu vois ce que je veux dire ?
Cette guitare est exactement la même, avec les même specs, et je n’arrive pas à faire les mêmes choses avec tu vois ? Qui sait d’où ça vient ? Ce sont ces toutes différences infiniment petites, propres à chaque guitare, qui font la différence.

Mais celle-ci, la Black One, à juste un peu de mou ; comme une petite dérive. Certaines guitares, si tu les mets sur 0.011s, elles font comme (fait un bruit brusque) tu ne peux pas bouger avec.

G : Et le Custom Shop a fait quelques répliques pour la vente ?

JM : Oui, on va faire ça pour les Américains… oh et pour les Anglais aussi bien sûr !
Ils vont faire 83 modèles de la version Custom Shop et un run illimité du modèle de production ; les même specs, sans le reliquage. Elles seront géniales ; Piano black, gold hardware – superbe.

G : Est-ce que l’idée du gold hardware vient de ta Strat SRV ?

JM : Le Gold vient de ma SRV Tribute Strat oui – le neck vient de la SRV Tribute Strat, c’est pourquoi il y a ces boutons de remplacements Fender mi 80.
Hmm j’essaie de me rappeler la, est-ce que le trémolo est doré ? Je devrai le savoir, j’en ai tellement joué avec que c’est devenu une extension de mon corps…

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G : Quelles sont tes autres Strat préférées ?

JM : J’ai la Strat Hendrix, la Monterey. J’ai mon modèle Signature, la verte, la cypress mica. Le modèle signature avec la bande.
Je pourrai prendre n’importe laquelle de ces guitares pour faire un show entier. Mais il y a certaines raisons pourquoi cette guitare pour cette chanson et pourquoi pas une autre.
Donc, pour « Vultures », je dois prendre la Gold Leaf Strat. C’est avec celle-là que j’ai écrit ce titre, et il y a cette incroyable seconde position, comment on dit déjà, le quack?
C’est la Strat la plus « quackieste » de tous les temps. « Vultures » avec une autre guitare ça ne sonne pas. C’est bizarre comme sensation.

Mais il y a aussi quelques guitares avec lesquelles je n’ai jamais joué plus d’une chanson. Par exemple je n’ai jamais pris cette Strat Gold pour aucun titre, autre que « Vultures ».
Alors que je pourrai, quand je jouais « Something’s Missing » j’avais cette Strat Tele que Chris Fleming du Custom Shop m’a faite.
C’est devenu la guitare officielle, accordée pour ce titre (EBEF#BE), elle sort de son fly, je joue « Something’s Missing » et elle y  retourne.
Et puis après quand j’arrête de jouer « Something’s Missing » je me dis des fois, « c’est une super guitare pour d’autres titres, essaye, raccorde la en standard ».

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G: Les guitares te donnent vraiment de l’espace non ?

JM : Une fois que j’écris un titre avec une guitare c’est dur de le jouer avec une autre.
Tu fais des trucs bien en position 2 et 4 sur le selector switch, pour un temps c’est LE truc mais ça ne dure pas. J’ai toujours aimé ce son, en particulier le 4. Quand j’étais petit, c’était mon son préféré, c’est doux, c’est chaud mais ça garde les bonnes basses. C’est la sélection la plus coloré sur une Strat.

G: Ça convient bien à ces inversions de 3 notes que tu joues souvent…

JM: Exactement. Ce truc au milieu du fretboard. Ce genre de (chante trois notes), la une, la deux, la cinq. Je dirai que c’est un peu ma signature. (Chante encore, répétitif) Chacun à ses petits trucs préférés. Autre chose que j’entends souvent, ce n’est peut être que mon opinion, c’est ce 9 mineur, comme un truc en 7 majeur (chante encore), et puis si tu le smack sur la guitare, avec cette percu, ça peut le faire.

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G: Est-ce que tout cela vient de ton jeu acoustique?

JM: Exactement. J’essaie de garder le rythme, et jouer du pouce c’est comme essayer de simuler d’être dans un groupe alors que j’y n’y suis pas.
En parlant d’acoustique, a mes débuts, tu alternes les sons, des mélodies avec des basses compliquées, mais sur le nouveau disque ça sonne un peu plus relax, moins de jeu… Est-ce que c’est la confiance? Moins à prouver ? Peut-être ?
C’est la confiance, et c’est vouloir s’amuser un peu plus sur scène. Tu sais, plus tu écris en tant que guitariste, moins tu as le temps de sortir ou te balader. Et toutes ces chansons sont impliquées.
Mais c’est cool aussi d’avoir un groupe qui s’amuse sur la musique! Quand je faisais « Room For Squares » c’était difficile d’accompagner cette musique avec un groupe parce que tout le groupe etait préoccupé par le jeu de guitare, les percussions et ci et ca..

Donc enregistrer « Battle Studies » était une grande joie parce que, pour une fois, tout ne tournait pas autour de la guitare. Ce n’était pas, le titre est fini une fois que j’arrête la guitare, parce que souvent tu demandes au batteur de jouer en même temps que la guitare, tout le monde communie ensemble.

G : Penses-tu alors que l’acoustique pourrait se réinviter sur un prochain album ?

JM : Bien sur. J’adorerai faire un disque plus folk. Absolument !

G : On revient à l’électrique, tu as des amplis Two Rock et Dumble sur scène, comment tu les utilise ?

JM : J’utilise en live les même amplis qu’en studio. Le Dumble est incroyablement fragile, et fort à la fois, ouvert, et chantant. Le Two Rock est sensiblement pareil mais un peu plus défini, et ensemble je trouve que ça fait une bonne combinaison. C’est presque un seul ampli.

Le Two Rock rajoute au Dumble ce que le Dumble n’as pas, mais mec, le Dumble il CRIE a toi. Le Dumble a ce truc en haut qui s’appelle le « Smooth and Slim » (doux et fin) C’est un peu un atténuateur, pour les aigus, et un peu pour le volume aussi. Et le Two Rock vient s’ajouter, en supplément, pour amener cette touche de douceur. Ça sonne un peu Fender, mais j’aimerai aussi rajouter un Fender dans l’ensemble.

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G : Est-ce que tu bascule entre l’un et l’autre, et est-ce que tu utilises tes pédales avec les deux de la même façon ?

JM : Tout est en marche en même temps, ils ne font qu’un ampli, je les utilise comme un équipement unique.

G : Y’a-t-il une pédale sans laquelle tu ne pourrais pas jouer ?

JM : En ce moment c’est la Klon Centaur. C’est la plus généreuse, la distorsion qui me satisfait le plus. C’est la plus bruyante que j’ai jamais entendu. Et j’ai souvent utilisé une Marshall Bluesbreaker au début des années 90. C’est génial… J’aime bien aussi le Tube Screamer, la TS-10 pas la 808 ou la TS09.

G : Elle a été faite par quelqu’un en particulier ?

JM : Non. C’est une pédale des années 80 et tu peux la trouver sur Ebay pour 65$ environ. La plupart de ces pédales sont géniales, elles sont basées sur le même circuit. J’arrive pas a croire qu’ils sortent encore de nouvelles pédales d’ailleurs, c’est la même chose, avec des coques et des couleurs différentes.

(Prends un accent anglais assez snob) « Hmm celle-ci fais ressortir les harmoniques, ce qui révèle encore plus les… oh mon Dieu… La saturation, les douceurs. Si tu utilises le bouton du volume de la guitare tu peux alterner entre le clean, le boost, et la pleine distorsion… »

G : Hmm, est-ce que tu as déjà lu Guitarist ?

JM : Oh mon gars, mais toutes les pédales peuvent faire ça ! Tu pourrai même brancher ta guitare avec une vieille télé et ça sonnerai pareil. Plus tu augmente et plus ça fait aaargghhh !!!
C’est les même chips depuis 30 ou 40 ans !

G : Il y a un son bien différent sur ce disque, c’est la reprise de « Crossroads » – qu’est-ce que tu utilises pour arriver à ce son heavy fuzz ?

JM : C’est une Pet CornishBox NG-2. Je ne me rappelle pas en avoir vraiment eu déjà besoin, ça fait juste du bruit ! Je veux dire, tu mets ta guitare en 4 et quand tu l’allume ça sonne comme… une erreur !

Je voulais juste un niveau de fuzz au max. Et ça en donne un max, mais j’ai trouvé un son. Je ne l’utiliserai probablement plus sur rien.
Il n’y a pas de sustain non plus, donc c’est vraiment dur de jouer avec un pick sur ça. Plusieurs fois j’ai essayé de faire le solo de « Crossroads » avec un pick, avec cette pédale, ça ne sonne pas terrible.

Tu dois plutôt jouer des notes très staccato, et la ça sonne cool (chante). Si tu commences waahhhhhhh (chante une note très sustainte) la note ne suit pas et ça ne sonne pas du tout.

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G : As-tu toujours alterné entre pick et doigts ? On dirait que tu joues beaucoup plus au doigt maintenant ?

JM : J’ai commencé au pick, tout le temps. J’aime bien craquer le pick dans mes mains, du coup je peux faire tous ces trucs (démonstration de fingerstyle). Et plus tard, en fait, quand j’y pense, « Perfectly Lonely » commence au doigt et fini au pick haha, yeah !

G : Au concert Memorial de Michael Jackson (ou John a joué une version instrumentale de Human Nature) tu devais chanter ?

JM : Non. Ils ont mis ce micro là, sur scène avant que j’arrive, mais une fois-là, je n’ai pas chanté. Mais non ce n’était pas prévu de toute façon.
Je pense qu’ils ont mis ce micro là genre, bon si tu veux dire quelque chose.. Mais je ne voulais pas. Dans une telle situation je n’avais rien à dire, que veux-tu dire ?

G : Oui ce n’est pas rien comme évènement

JM : Un moment sans pareil

G : Ok, c’est inévitable dans une interview, mais tous ces paparazzi, ces unes de magazines, tout ça, beaucoup d’autres guitaristes ne vivent pas ça, tu te démarque un peu. Comment ça affecte le garçon en toi qui veux juste jouer de la guitare ?

JM : Franchement ça ne me touche pas. Ça n’a jamais changé la joie et la passion de prendre une guitare et de jouer. Quand je pense a tout le chemin que j’ai fait en tant que guitariste, ces gens-là se foutent de tout ça. Ils ne savent rien de tout ça. Combien de personnes, à la sortie de ces restaurants, en train de prendre ces photos connaissent la différence entre une Mullard 12AX7 et une Telefunken 12AX7 ? Combien d’entre eux connaissent « Four On Six » de Wes Montgomery ?
Ou alors la différence entre un cable Mogami, ou un Alessandro et un Pete Cornish ? Les gens qui lisent ces magazines se fichent de tout ça.
Du coup, quand je retourne à mes guitares c’est comme si ils ne m’avaient pas touché. Je veux dire, ils peuvent dire ce qu’ils veulent sur moi mais personne n’a rien écrit de mauvais sur ma carrière, parce que j’en ai une. C’est le plus important. Apprécier les fans et jouer pour eux.

Alors oui tu peux me prendre en photo à la sortie d’un club, mais tu ne peux pas me prendre mes guitares.

Et là je t’ai donné la meilleure dernière ligne de l’interview pas vrai ?!

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Source : musicradar.com

 

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The Late Late Show – Ed Sheeran, Jillian Bell & Stephen Merchant

Une chemise déboutonnée, un Ed Sheeran très coquin, John Mayer en caleçon, une Taylor Swift bien taclée, des tatouages improvisés, une guitare rose…
Voilà quelques uns des moments croustillants de cet ultime Late Late Show présenté par notre hôte invité John Mayer.

Pour ce dernier soir il reçoit donc Ed Sheeran, avec qui il parlera musique évidemment et….chatons, Stephen Merchant producteur de télévision, de la série « The Office » entre autres et, Jillian Bell, actrice piquante bien connue aux USA pour son rôle dans la série « Workaholics » ou plus récemment dans le film « 22 Jump Street ».
John effectue la son dernier coup de maître dans l’exercice de présentateur de talk show et s’en donne à coeur joie, c’en est triste que ce soit terminé il faut avouer. On le sent ce soir plus à l’aise que jamais.
Il laisse cependant entendre qu’il est désormais prêt à réitérer l’aventure dans un de ses récents tweets… Il attends l’invitation de CBS!

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Lors du monologue à l’ouverture de show on a pu voir John et Ed, confortablement installés dans des fauteuils, en train de dessiner… Chacun devait esquisser un tatouage pour l’autre sans que celui ci ne sache de quoi il s’agit. Deux tatoueurs du Social Shamrock Club (les tatoueurs de l’Elite Hollywoodienne)  de Los Angeles arrivent alors et se mettent à l’oeuvre, tatouant les deux chanteurs. Nous découvriront ensuite pendant le show les fameux tattoos.

Mayer et Sheeran se sont avérés rester des hommes raisonnables, en effet John à donné à Ed les mots « Kool Guy » et une petite flèche à coté d’un tatouage existant …

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…et Ed à fait tatouer une tête de chaton sur le haut de la poitrine de John.

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« Tatouage à double sens » selon les dires d’Ed Sheeran, explication innocente pour les enfants mais plus coquine pour « ramasser les femmes ».

« Quand tu le montrera à des enfants tu pourra dire « Oh hey regardez c’est un petit chat! » mais tu pourra aussi, quand tu discutera avec des femmes, faire genre « hey moi aussi j’ai une petite chatte » » explique Ed un sourire malicieux satisfait aux lèvres. L’idée ne déplaît pas à John en tout cas!

Arrive ensuite le second invité Stephen Merchant, jaloux de ne pas avoir été invité a la séance de tattoo des deux garçons il explique qu’il s’est fait faire son tout premier tatouage, quelque chose de poétique, qui capture son coté spirituel, de sexy, tout ça avec un goût « immaculé » il décide alors de le montrer fièrement…

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Il explique aussi qu’il est tellement grand (plus grand que John) qu’il n’a qu’a soulever sa chemise pour faire tomber toutes les filles. Ils parlent ensuite de la facilité à séduire quand on est une rockstar plutôt qu’en étant comédien ou de la pénibilité d’être trop grand. Les blagues fusent, j’aimerai tellement pouvoir toutes les noter…

Jillian Bell fait ensuite son entrée en scène et explique la manière dont John et elle se sont rencontrés, lors d’un jogging dans un parc, John lui courait après pour l’inviter au show (il est fan de la série dans laquelle elle joue) mais elle avoue aussi qu’ils s’étaient rencontrés il y a déjà longtemps, John ne s’en souvient apparemment pas. Elle l’aurait abordé lors d’une after party dans un bar pour le remercier de l’avoir aider à décrocher un job (une chanson lui aurait donné l’idée de changer de couleur de cheveux pour une audition et elle a eu le rôle lol c’est compliqué vous suivez toujours?) et donc ils se mirent à discuter et il a posé son verre et lui a chanté, au beau milieu du bar sa chanson préférée Neon! Y en a qui ont de la chance, la vie a l’air tellement plus cool à Hollywood…

L’histoire remonte aux alentours de 2009 puisqu’elle dit être allée le voir peu de temps avant au « Where The Light Is »

Enfin, vient la partie musciale, John et Ed montent sur scène pour interpreter « Don’t » tiré de l’album X d’Ed Sheeran

En conclusion, cet épisode est pour moi le meilleur des trois, John à pris confiance dans son rôle de host, l’humour anglais d’Ed Sheeran fonctionne (bien qu’il soit difficile à comprendre a cause de son accent!) les invités sont funs et piquants, le monologue d’ouverture est parfait (je traduirai les 3 dans un prochain post). L’équipe a aussi tenu à remercier John avec une vidéo souvenir des 3 épisodes. Un sans faute donc pour notre guitariste qui n’a rien perdu de son talent de stand up comedy.

Allez sans plus attendre voici le lien du show si vous ne l’avez pas vu (honte à vous) ou si vous voulez le revoir !


The Late Late Show – Bob Saget, Mary Lynn Rajskub & Bob Weir

Dans ce nouvel épisode du « Late Late Show » John recevait Bob Saget, humoriste provocateur, présentateur télé et surtout acteur (rappelez vous le papa des jumelles Olsen dans « La fête à la maison », c’était lui!), avec qui il a débattu un long moment sur Angela Lansbury et le feuilleton télé Arabesque (Murder She Wrote en anglais), Bob nous raconte comment il a rencontré l’actrice dans ses jeunes années, tout ça avec une certaine ironie et un humour décalé propre aux deux amis, je n’ai pas compris toutes les blagues tellement ils sont tous les deux partis dans leur trip.

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S’est jointe a eux la seconde invitée, l’actrice Mary Lynn Rajskub, bien connu pour son rôle dans la série « 24 », véritable fan de John ( elle fond quand il chante a la Croon Cam, elle lui répétera plusieurs fois discrètement dans ses phrases des « je t’aime John ») elle explique entre autre comment les gens l’interpellent encore dans la rue pour lui demander des forcer les producteurs à reprendre la série pour sauver Jack Bauer des terroristes russes, elle réserve aussi une surprise a John, une chanson!
Pour lui et sur lui elle précise.
En effet elle raconte qu’après une dure rupture elle décide de partir seule en voyage au Japon, pour oublier les hommes, se promettant de ne pas retomber dans les bras d’un mâle 🙂
La, elle tombe sur la campagne de pub pour Gap de l’époque, rappelez vous :

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(John s’amuse a rejouer la pose)

Elle tombe directement sous le charme du chanteur, mais se fait une raison qu’elle ne pourra jamais le fréquenter, triste. A son retour aux Etats Unis elle fait alors la rencontre d’un homme, qui selon elle ressemble comme deux gouttes d’eau a John, et se laisse alors séduire, homme qui est aujourd’hui son mari et père de son enfant.
Pour tout cela elle voulait remercier John et lui offre alors cette chanson.
Un moment aussi touchant que piquant!

John reçoit ensuite Bob Weir fondateur du groupe « The Grateful Dead », il parlera de l’actualité du groupe qui se reformera bientôt pour quelques dates. On sent un John admiratif et heureux de recevoir une telle légende et source d’inspiration pour sa musique.
Ils monteront plus tard sur scène, accompagnés de Sean Hurley pour interpréter les titres « Althea » et « Truckin' »

Mon passage préféré : le jeu de groupie de Mary Lynn Rajskub et sa chanson.

Ce qu’il ne fallait pas manquer : la prestation de Bob Weir et John.

Et voici le lien pour voir tout ca, régalez vous bien !

Ce soir je regarde le dernier épisode et je vous résume tout ça au plus vite!! Bon samedi a tous!

Chick Corea en podcast avec John Mayer

Il y a quelques jours Chick Corea postait sur son site officiel le podcast d’une discussion qu’il a eu avec John Mayer lors de leur récente session d’enregistrement au studio Electric Lady à New York.

 

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Vous pouvez l’écouter et même le télécharger en cliquant sur l’image

Podcast Chick

 

Le pauvre Chick n’a pas tellement eu le temps d’en placer beaucoup John parle tellement, il part dans tous les sens, il change de sujet au beau milieu d’une phrase… Ce n’était pas du gâteau mais je me suis donc attelée a la traduction de la discussion, enjoy ! (j’ai fais de mon mieux^^)

 

Un épisode spécial en direct du studio Electric Lady à New York.

 

Dans une conversation fascinante, Chick et le chanteur, compositeur et guitariste extraordinaire John Mayer parlent musique, improvisation et révèlent un peu de leur incroyable nouveau projet – avec Pino Palladino (basse), Steve Jordan (batterie), Wallace Roney (trompette) et Manolo Badrena (percussions).

 

Chick Corea: Bonjour bonjour bonjour, ici Chick. Bienvenue à un autre épisode très spécial de – oh appelons ça le « Podcastlandia ».

Oui voici une conversation que j’ai eu il y a tout juste quelques jours avec le super guitariste, chanteur compositeur, John Mayer. Et vous allez entendre un chat que nous avons eu au Electric Lady Studios à New York. En effet John et moi nous nous sommes rencontrés il y a quelques mois, en Décembre. Nous étions tous deux invités au concert de Stevie Wonder “House Full of Toys” ou Stevie a chanté le set complet de son album « Songs in the Key of Life ». Ce fut une nuit incroyable, et la première fois que je rencontrai John.

Nous avons commencé à parler de peut-être improviser ensemble un de ces jours et un peu plus tard nous nous sommes retrouvés au Electric Lady Studios à New York, qui est un lieu chargé d’histoire pour moi, de très bon souvenirs, de 1975, ou j’ai enregistré un album solo « The Leprechaun » avec Gayle, ma femme Gayle. Et vous savez, je ne suis plus jamais revenu dans ce studio depuis. C’était très excitant. John et moi nous nous sommes régalés du temps passé là-bas, à sortir tous ces sons différents, à improviser sur ci sur ça.

Enfin John a été assez sympa pour s’asseoir un moment et discuter et j’ai tout enregistré et voilà!

Moi meme, John Mayer, Electric Lady Studio. Boom!

 CC: John, hey, merci de t’asseoir un moment. Je ne voulais pas interrompre la session.

 JM: Il n’y a rien à interrompre, pas de pression ici.

 CC: C’est vrai! Alors voilà, voici John, John Mayer. Ici Chick.

 JM: Salut.

 CC: Nous sommes à Electric Lady. Et quelle est la limite de ce que l’on peut révéler sur ce qu’on y fait?

 JM: On peut tout dire sauf jouer. Je pensais d’ailleurs mettre quelques trucs sur Twitter l’autre soir. Et je me suis dit que c’était une sacrée révélation quand tu entends ce truc. Le plus gros de tout ça sera de révéler la chose justement, parce que cela n’a rien à voir avec ce que les gens attendent. Et si tu publies une vidéo de 15 secondes, de ton passage préféré, tu enlèves toute la magie de la surprise. Parce que cela risque d’être choquant à entendre pour certains.

 CC: D’ailleurs le sujet général de tout ça, dont je voulais parler, c’est le concept de l’improvisation. Ce que tout le monde veut, musiciens et jeunes musiciens, ils veulent savoir ce qu’il en est exactement et comment on fait tout ça. Cette chose que nous avons fait, c’est comme un parfait exemple de partir pratiquement de nulle part. Enfin pas tout à fait de nulle part. Nous sommes restés nous-mêmes, on voulait improviser, c’est « quelque chose » en quelque sorte. Mais pratiquement nulle part, pas comme avec une chanson, un tempo ou un lick ou ci ou ça. Et juste être ensemble dans cette pièce et commencer à jouer. Ce qui est en général ma façon préférée de faire de la musique.

 JM: C’est certainement perfide. Ce n’est pas pour les faibles du cœur. Si vous êtes à la recherche d’un sentiment de confort cela n’arrivera pas.

Ça rend un peu mal à l’aise. Je ne sais pas si ça fait ça à tout le monde mais pour moi personnellement, je porte la dernière chose que nous ayons joué, jusqu’à ce que l’on joue autre chose. Je le porte vraiment. C’est ce petit micro-tableau de bord. « Comment ça se passe? » Je pense que c’est ma vraie nature quand je suis en studio. C’est drôle quand tu dis qu’on ne part de rien, de nulle part. En effet on ne part de rien mais je pense que la vraie nature de l’instrument que je joue, sur cette session, fait un peu l’effet d’un « producteur » dans le groupe.

 Dans le sens que, tout le monde peut jouer aussi bien, mais il y a vraiment – dans tout l’ensemble, il y a seulement environ 4% de chance à ce moment donné, de créer quelque chose que je peux qualifier personnellement être au niveau au-dessus d’une improvisation.

C’est quelque chose entre guillemets de « durable ». Ce n’est pas que ce que nous jouons n’est pas durable, d’une manière ou d’une autre. Mais, c’est de cette façon quand j’écris de la musique avec des paroles et de la musique pop et d’autres choses. C’est comme, voici toutes ces paroles, tous ces accords, seul un très, très, très léger pourcentage de ce que vous pourriez jouer peuvent créer quelque chose de vital. Donc pour moi, ces moments où vous créez quelque chose de vital, ils me font sauter au plafond. C’est comme jouer avec votre égo, jouer avec vos émotions.

Parce que quand tu es dedans à fond, comme on l’était hier. Et quand 4 heures après tu te demandes « On en était où déjà? » Tu vois ce que je veux dire?

 CC: Ouais. Tu sais ce que je trouve intéressant là-dedans? Quand tu me demande ce que j’en pense. Ces 4% dont tu parles? Je comprends ce que tu veux dire par là, mais la chose que je trouve intéressante, c’est que, dans le but de reconnaître quand cela arrive, je pense que d’une certaine manière il doit y avoir une connaissance au préalable de tout ça.

Sinon tu ne peux pas reconnaître le moment ou cela se produit. Sinon comment tu le saurai? Parce que tout roule comme une bobine de film. Et donc comment tu vas isoler ces petits 4%?

 JM: C’est vrai. C’est comme avoir un œil pour si tu…

 CC: Tu le sais déjà donc.

 JM: Et bien il s’agit de…

 CC: Dans un sens

 JM: Tu sais, parce que tu as déjà entendu plein de trucs avant et tu sais ce qui est bon, ce qui est spécial ou ce qui ne l’est pas. Une bonne analyse c’est comme un bon photographe, qui étale des centaines de feuilles de prises de vue, avec son crayon gras et qui voit le truc très vite. « C’est ce cliché ». Alors que toi et moi, comme de simples photographes amateurs on mettrait la journée « ça c’est bon, ça c’est bon, et celui-là aussi. » Et du coup on entourerait tout au crayon parce que tout serait bon pour nos yeux qui n’ont pas l’habitude comme un pro.

Donc pour moi, la pré-connaissance c’est cette sorte de question muette à laquelle je pensais ce matin « Est-ce tout? » Tu vois? 

Comme ça arrive souvent à David Letterman quand il fait « C’est tout? » Et quelqu’un sort et fait quelque chose de complètement bizarre et ésotérique et, bien sûr, c’est une question rhétorique. « Est-ce rien ou quelque chose? ».

 CC: C’est une bonne question.

 JM: Mais c’est vraiment la question. Constamment j’ai un filtre dans mon esprit. Donc, je suis à moitié le joueur, à moitié l’auditeur. Je me dis « Est-ce quelque chose? » Et si c’est quelque chose, alors tu es sur la bonne voie.

 CC: Parce que je suis toujours à la recherche d’un point de réception, tu vois. Quand tu dis « Est-ce quelque chose? » la première personne à savoir vraiment ou à répondre à la question, c’est toi même, bien sûr. Tu regardes la vie défiler, tu fais ce que tu fais, et tu fais ça ou pas ça. Quelque chose te frappe ou ne te frappe pas. Je peux penser immédiatement à deux autres endroits, je suppose, que tu es probablement aussi en train d’évaluer, je le fais aussi, et c’est la première chose que je fais d’ailleurs, les autres musiciens du groupe avec lesquels tu joues. Whooa, ils reçoivent la chose aussi, tu vois ce que je veux dire?

Mais pour finir, puisque la musique est, pour moi, un peu incomplète sans un public, il y a ça aussi. Donc quand tu évalue tout ça, c’est pour toi, pour le groupe, ou le public ?

 JM: Pour moi, ça a toujours été pour le plan. Ainsi, le modèle et le plan peuvent changer suivant comment vous allez, le plan a toujours été important pour moi.

Comment créer quelque chose qui se situe parfaitement entre 4, 5 modèles différents, qui semblent nouveaux, mais confortables, mais nouveau en même temps. Donc pour moi, je fais une sorte de trou dans mon esprit et j’imagine une partie de ma vision périphérique de ce qu’est le plan.

Et tout le temps tu dois revenir vérifier le plan. Je pense tellement à la session avant d’y aller et quand j’y suis du coup je ne m’emporte pas. Donc je peux, en quelque sorte, garder une sorte de longitude en termes de ce qui se passe. Mais aussi il arrive que tu dois te débarrasser de certaines choses, parce que si tu réfléchis trop à ce plan tu t’interdis pas mal de choses pendant l’improvisation tu vois.

Donc le truc c’est de vraiment savoir quand frapper, quand se retirer et se relaxer. Et je me trouve meilleur en vieillissant. Quand j’étais plus jeune, c’était incroyable, j’étais une boule de nerfs. Et si quelqu’un avait le malheur de jouer quelque chose que je n’aimais pas je sortais de mes gonds, « Hey non, pas çà, essaie ça plutôt ».

Et puis chaque fois que tu fais une recommandation ou une correction comme ça, à quelqu’un, si la plupart des gens veulent se conformer, ils vont se conformer et puis changer un peu leur façon de penser, leur instinct.

 CC: Changer leur quoi?

 JM: Leur instinct, en essayant de s’adapter à toi. Du genre « Ok il n’aime pas ça alors on ne le fait pas ».

 CC: Donc maintenant tu ne travailles plus avec cet instinct.

 JM: Si, du moment que cette personne garde un peu de liberté. Parce qu’ils veulent plaire ou faire plaisir. Pour moi il y a une démarcation très subtile entre « Hey faisons çà » ou laissons les choses faire. Plus je vieillis plus je fais confiance à ce flux. Mais c’est vraiment, je veux dire je ne sais pas pourquoi je continue à me mettre dans ce genre de situations stupides et inconfortables. Parce que je ne dors pas bien, je ne mange pas bien, je ne rêve même pas bien quand je dors.

 CC: Tu as un plan que tu veux suivre et réaliser.

 JM: Je n’ai pas besoin d’être heureux, j’ai juste besoin de faire ce disque, tu vois ce que je veux dire? Je serai heureux plus tard.

 CC: Tu as un plan en tête que tu veux respecter et il est difficile de juger les autres musiciens. Je vois ce que tu veux dire, tu veux que tes gars soient ouverts et créent eux aussi. Tu ne veux pas les étouffer. Mais le tout a quand même besoin d’une direction à suivre. Et je pense personnellement que la dessus tu fais un très bon boulot.

 JM: Merci. Je reste en quelque sorte le capitaine dans le sens où, je veux sortir un produit qui se sente comme moi, qui à ma sensibilité tu vois. Mais aussi je ne veux pas, et je vois ça aussi dans la co-écriture, tu te rends compte assez vite ou trop facilement si quelque chose en vaut la peine ou pas. Si quelque chose vaut la peine que tu continues. Tu dois décider quand tu vas partir pour 4 heures de boulot intense ou quand tu n’iras pas. Parce que si tu chasses toutes les idées, bonnes ou mauvaises, tu es aussi vite perdu.

Et tes roulements, lorsque tu improvise, ils sont très sensibles. J’ai toujours trouvé dans les jams, comme je le disais un peu plus tôt, tu portes vraiment chaque note. Tu les fais monter dans les airs et flotter autour de toi.

Si tu prends du plaisir alors ta note est bonne. Si c’est brouillé c’est que peut être tout est trop long, tu vois. Je n’ai jamais aimé improviser étant plus jeune. J’aime entrer et sortir. Même si c’était improvisé et instrumental. C’est difficile à expliquer. C’est comme si tu obtenais ce résidu émotionnel de ne pas entrer et si tu sortais avec une idée. Tu vois ce que je veux dire?

 CC: Oui parfaitement.

 JM: C’est en toi c’est marrant, ta poitrine commence à te chatouiller un peu.

 CC: C’était une bonne chose l’autre jour quand tu as dit « Bon ok, on a exploré presque neuf mille idées maintenant faisons ça. » Je pense que c’était la bonne chose à faire.

 JM: Ça l’était oui. Et ce qui est super avec toi, c’est que même si nous savions la forme que cela prendrait dans l’ensemble, on sait que les idées sont encore bonnes à prendre et que tout reste ouvert à discussion.

 CC: C’est vrai.

 JM: On reste ouverts. Nous avons cette chanson hier, une des meilleures, et si pas la meilleure, la meilleure expérience. C’est ce que je dis, pour moi, c’est très- c’est quelque chose de très physique pour moi. Si tu rentres dans quelque chose et que tout le monde y rentre aussi, et se déplace à travers en une seule unité, c’est concis, c’est un sentiment propre. C’est comme une combustion mais propre que tu ressens dans ton corps. Tu te sens heureux, joyeux et fier.

Et parfois tu as besoin de. Tu dois aller en forêt, changer d’air. Et cela peut être vraiment ingrat ; et tu peux te poser plein de questions sur ton jeu tout à coup, te sentir au plus bas et tu y retourne « Oh non, rien de tout ça n’a de sens. » Mais tu dois rester calme. Et tu sais que tu peux tout tirer vers le haut pour trouver la bonne idée. Déplacer cette idée sur une autre bobine et voilà tu l’a. Et cela deviens une bonne expérience.

Mais c’est tellement facile de partir en vrille et se sentir à plat d’un coup « Rien de tout cela va fonctionner. Je fais perdre leur temps à tous ces gens. C’est du gâchis ».

 CC: Moi je pense que l’on va quelque part. Tu sais, j’ai toujours eu un objectif haut dans le ciel que je garde pour moi. Desfois je me parle à moi-même « bon, qui suis-je pour faire cela et pour qui je fais tout ça? » Moi, mon groupe ou mon public? »

 JM: C’est cool. Et c’est quoi ta réponse?

 CC: Il y a un autre élément aussi. Il y a un autre élément. Il y a moi, le groupe et il y a le public. Mais tu sais ce qu’il y a? Il y a l’équipe. Tous ces gars-là. Les promoteurs, le management, Et tous ces gens qui organisent ça pour nous. Et tout ça c’est le package complet.

 JM: C’est vrai.

 CC: Donc pour moi, le vrai pied, l’évasion totale, c’est quand tu joues et que tout le monde est sur le même nuage. Comme tous ces points. Toi, le groupe, le public, les organisateurs et le public tout est éclairé. Tout le monde rayonne. Et c’est comme ça que je peux rentrer à la maison, ou à l’hôtel et passer une super nuit.

 JM: C’est marrant que tu parles de show. Parce que le show, en supposant qu’il existe après le disque. C’est en quelque sorte le point final, la dernière étape ou tout le monde va croire que ce que tu as fait est vraiment la bonne chose. Donc pour moi, il y a des moments dans ma carrière ou je dois faire en sorte d’oublier la façon de penser des gens.

Juste pour être capable de monter au prochain niveau. Mais ce que j’ai trouvé c’est que même si vous essayez d’aliéner la zone de confort de quelqu’un, pour arriver là où tu dois aller, si la musique est géniale et qu’elle les transporte, ils reviendront toujours vers toi. Donc, il y a des moments où je dois me séparer de tout ça, de la meute. C’est pourquoi il y a autant de pression sur moi. Donc tout concorde quand je disais être le capitaine de la session, parce que mon égo veut que je revienne prendre le dessus.

Je dois tout ça à l’idée de faire en sorte que je sorte de cette expérience avec quelque chose de réel, que je peux jouer avec le groupe. Pour le manager. Quand elle est vraie, et peu importe le style de musique. Si elle est efficace elle transporte les gens.

 Tu vois, on a passé une bonne quinzaine de minutes à improviser la première nuit au studio. J’étais tellement excité. J’ai commencé à le faire écouter avec l’iPhone, comme on fait goûter un verre de vin. Et je scrutais leurs lèvres. Et ils étaient absolument émus par cela. Parce qu’il y avait ce – C’est cette chose avec Steve et Pino. C’est très intéressant. Beaucoup de gens utilisent le mot « commercial » mais ce n’est pas trop le bon mot. Ils ne peuvent pas laisser cette sorte de – et c’est une bonne chose- nous aimons tous ce qui est accessible. Accessible ne veut pas dire facile pour autant. Il y a juste ce, tu peux l’appeler ainsi, il y a ce groove. Tu peux l’appeler, tout le monde à un mot différent pour ça. Mais c’est comme, tu ré écoute tous ces disques et ils sont terriblement efficaces dans le sens ou les gens peuvent carrément tomber dedans et se dire « Wow ».

 CC: Absolument.

 JM: Mais tu dis aux gens « J’ai envie de faire un disque de jazz avec Chick Corea et Wallace Roney » et là ils font « Euhh je ne… » La seule façon de prouver le concept d’art et de faire cet art.

 CC: Oui le faire et voir ce qui se passe. Et le communiquer.

 JM: Oui les peintres par exemple, tu ne les vois pas discuter avec les gens « Je pense peindre quelque chose dans ce style, laisse-moi t’expliquer. Et dis-moi si tu l’achèterai ».

 CC: C’est incomplet jusqu’à ce que cela arrive aux oreilles de l’audience, et c’est là que tu te rends compte de la portée de ce que tu as fait. Je veux dire, tu es déjà arrivé loin en terme de rendre les gens heureux avec ton art, ce que j’admire vraiment beaucoup.

 JM: Merci beaucoup.

 CC: Parce que je viens d’un milieu différent, ou les vingt premières années de ma vie, je ne me préoccupais pas de tout ça, pas du tout. J’avais des œillères. Je t’expliquais ça hier soir. Et Stevie Wonder est la première personne que j’ai pu voir communiquer avec autant de monde, avec une très très haute qualité de communication et cela m’a inspiré, j’ai voulu faire pareil. Et puis je ne savais pas trop comment faire. Je ferai mieux d’apprendre à chanter.

 JM: Tu n’as pas besoin d’apprendre à faire autre chose. Tu as tout bon.

 CC: (Rires) Chanter ou jouer de la guitare ou peu importe. Mais ça m’a toujours inspiré tu vois. Mais comme tu disais plus tôt tu dois renter dans le truc, avec quelqu’un qui tiens le fil directeur. Je ne pense pas que ce soit toujours l’histoire d’un groupe. Cette idée initiale. Ça peut devenir un truc de groupe. Mais les idées individuelles ne viennent pas d’un groupe. Elles viennent d’individus. Même quand tu improvise, quelqu’un à une idée bien en tête, que les autres décident de suivre et de reformuler. C’est un processus de donner et recevoir.

 JM: Aussi, au fur et à mesure que la session avance tu en apprends plus sur ou elle va. Certains morceaux, on les ré écoute et la tu te dis « Mec, ce disque c’est tout à fait ça ». Ça t’aide à te focaliser sur l’essentiel. Tu ne le fais pas si tu as peur. Tu dois exploiter chaque minute qu’il te reste à faire quelque chose de génial. Si tu considères ça comme un échec parce qu’au fond de ton esprit tu penses que tu vas choquer, tu perds l’inspiration et tu veux poser ton instrument en disant « Je crois qu’on est bon ».

Pour moi, je pense que c’est l’esprit que tous ceux qui veulent faire carrière doivent adopter. C’est un esprit qui se bat, qui n’abandonne pas tant qu’il ne remballe pas son matos. Tu vois ce que je veux dire?

Tu peux juste avoir besoin de 8 minutes pour changer de vie. Ça peut être les 8 prochaines minutes. Et celles d’après l’heure qui suit. Peut-être demain soir même. Mais tu dois te concentrer pendant ces moments. Et faire confiance en tout ceux qui jouent, faire confiance à ton jeu, croire en la vibe, croire au moment. Cela ne m’inquiète pas que l’on ne fasse pas de musique en ce moment même.

 CC: Tu dois continuer. Je pense que tous cela est génial mec. Je veux profiter de ce moment une seconde pour autre chose d’un niveau plus « nerd »

 JM: Ok j’essaierai d’être le plus profond possible. 

 CC: Juste pour une seconde. Dis-moi quel est ton concept de ce mot souvent utilisé en art et en musique. Et on utilise ce mot et les gens sont toujours – tu sais quand je fais des ateliers, les musiciens me parlent toujours de ce concept. Donc j’aimerai connaitre ton opinion la dessus maintenant. Qu’est ce qui est « improvisation » et qu’est ce qui n’est pas « improvisation »? Ou tout ceci est-il trop « nerd »?

 JM: Bon, je peux répondre au premier. Je pense que l’improvisation est une autoproduction; une autoproduction musicale. Tu es ton propre producteur. Tu n’es pas un artiste. Tu es moitié artiste, moitié producteur. Donc tu produis constamment ton titre sur ton instrument. Et tu le produit avec plein d’autres producteurs qui produisent leurs propres titres. Et quoi ce que cela puisse être, et qui tu es dans le groupe, tout est dans l’écoute.

Et ce que l’improvisation n’est pas c’est, l’entrainement de groupe. Par exemple, où je suis maintenant dans mon jeu j’essaie de ne pas utiliser une chanson pour m’entraîner. 

C’est comme pour avoir quelque chose de bien. Comme cette chose que j’ai faite hier, j’ai mis une minute et demie pour y arriver. Et ce n’était pas le bon moment. Ça aurait dû me prendre 6-8 secondes. Mais ce que j’ai fait, c’était égoïste, ou malpoli si ce n’était pas égoïste. Profiter de tout le monde qui est en train de jouer ce morceau juste pour me perfectionner ou explorer cette petite partie de guitare.

Et j’ai ré écouté ce (fredonne cette partie de guitare) quand je fais cette chose un peu synthé et je me suis dit « oh mais c’est chouette! »

Mais en laissant complètement la chanson et le groupe de côté « genre c’est chouette alors laissez-moi trouver le bon truc ». Et je ré écoute et je grince des dents parce que c’est tout moi ça, en train de développer une idée.

Donc ce que l’improvisation n’est pas c’est, développer une idée personnelle en profitant du temps de quelqu’un d’autre. Tu vois ce que je veux dire? Tu peux développer une idée avec quelqu’un en tant qu’unité. Mais l’utiliser, pour toi (fredonne la musique) « attends c’était cool. Oh mais j’ai raté ça. Attends laisse-moi réessayer et on reprend ».

 CC: Oui les autres jouent et toi tu répètes

 JM: Oui tu répètes, mais juste pour une seconde. Et j’ai fait ça hier, je me suis entendu et je me suis dit « je déteste ça! ».

 CC: J’ai commencé à répéter avec toi (ils rient ensembles) et j’ai commencé (il fredonne la musique).

 JM: (rires) Je crie aux hauts parleurs, dans ma tête « Stop! J’espère que c’est la dernière fois que je fais ça! » (fredonne la musique)

Si tu n’y arrive pas, rentre chez toi et entraîne toi. Ne t’entraîne pas sur un disque avec Chick Corea. Mais pour moi, l’improvisation c’est, et tu ne peux pas te tromper avec ce mot, tu ne peux pas dire « bon je ne fais pas ça » c’est lyrique. Tout devrait être basé sur le lyrique. Si ça ne capte pas ton oreille ça ne captera pas celle du public. Pas besoin de sonner comme une chanson avec des paroles. Certains utiliseront le mot « fond ». Mais des fois il n’y a même pas besoin de fond.

 CC: Ça doit juste couler.

 JM: Ça doit couler oui, comme certains mots sonnent bien ensemble. Certains mots sonnent bien. Comme tu ne mettrai pas certains sons phonétiques dans une chanson parce qu’ils ne découlent pas bien avec les lèvres.

Imagine si tu es un instrumentiste, comment cela peut paraître si tu es chanteur. Toutes tes consonnes et les voyelles seraient difficiles à chanter, à concorder entre elles.

Et puis tu écoutes Frank Sinatra “Look at yourself if you had a sense of humor.” et puis “Ooh, look at yourself if you had a sen—” Il y a un flow naturel  à tout ça, et tu dois penser à ça aussi avec un instrument. Cela ne doit pas être répétitif ou basé sur un motif, un fond en particulier, mais sur un certain lyrisme naturel qui n’a rien à faire de la forme de l’échelle comme cela existe sur un instrument.

C’est ce que les gens appellent « sortir des rangs ».

 CC: Il n’y a pas de pépins. Tout est dans le temps présent. C’est maintenant. Sans réfléchir. Tout coule juste, je saisi oui.

 JM: J’ai encore ces moments tu sais; Il y a maintenant des moments – bon j’ai 36 ans; ça fait 21, 22 ans que je joue. 23 ans, 23 oui. Et je suis dans ce moment où je peux vraiment respirer et contribuer à un titre sans pour autant percer dans le jeu et jouer au-dessus de tout le monde. Je le fais encore et j’en apprends encore. Ce genre de moments ou la guitare prend le dessus sur le titre, tu vois?

 CC: Oui vas-y et perce le titre (rires)

 JM: Oui j’essaie. J’aime vraiment être la colle ici. Ouais perforer le titre. Soudain tu es comme, le gamin de 6 ans qui se la joue dans un film souvenir, devant toute la famille. Et je fais encore ça, et je me dis « Ohhh ok ».

 CC: Moi ça me va mec. Hey merci mon gars. Je trouve que c’est un incroyable… Je n’ai jamais entendu un tel point de vue avant.

 JM: Merci mec.

 CC: Je pense que c’est intéressant, intéressant pour les gens et pour moi, de voir que nous tous, pensons vraiment différemment à propos des choses que nous faisons et je pense que si ces choses sont reconnues de tous tu as enfin ton plan. J’ai un plan. Nous avons différentes façons de l’atteindre et c’est bien comme ça. C’est un point de départ. C’est une vérité. Nous avons nos propres modes de fonctionnement.

 JM: Je sais aussi quand il y a une certaine corde que je ne peux pas faire. S’il y a une certaine corde que je ne peux ne pas faire c’est que ce titre n’est pas fait pour moi. C’est comme quand, les gens me demandent de jouer certaines chansons.

De grands artistes m’envoient des chansons pour jouer dessus et je ne peux pas jouer, parce que je n’entends pas ou je peux jouer dessus, tu vois?

La guitare est un instrument délicat pour le jazz. C’est un instrument très délicat. Tu vois, comme ma première session jazz avec Herbie Hancock. Et Steve était sur cette session. Et je crois que je l’ai même déjà dit sur ce documentaire qu’ils tournaient; J’ai commencé à flipper quand Herbie m’a dit « Allez viens et joue avec moi ». Parce que je me disais « Mais je ne sais pas jouer ces licks ». Et puis j’ai réalisé, il sait probablement je ne connais pas ces licks, parce qu’il ne m’a jamais entendu jouer ces licks. Donc il voulait m’entendre faire mon truc.

 CC: Exactement.

 JM: Tu dois faire ton truc. C’est là que ça devient vraiment intéressant. J’ai essayé de gérer ce sentiment d’être hors course ou dépassé par les gens autour de moi. Cela vaut pour tous ceux qui écoutent. Tu développes ton truc tu vois? Je regardais des trucs de John McLaughlin ce matin justement. Il joue sur une 12 cordes. Il joue presque ce genre Led Zeppelin. C’est un jazzman . Et puis tu te rends compte qu’il y a beaucoup de monde qui apprend la guitare jazz, rendue célèbre par 4 ou 6 personnes. Tu vois ce que je veux dire?

 CC: C’est un point de vue intéressant. Et qui sont-ils ?

 JM: Et bien il y a Wes Montgomery, Joe Pass, Grant Green.

 CC: Bien bien, je vois ce que tu veux dire.

 JM: Tu vois.

 CC: Tu dois mettre John dans ce tas.

 JM: Ah oui John McLaughlin.

 CC: Benson.

 JM: George Benson – Ce genre de – Tal Farlow. Tu vois, Tal Farlow est en quelque sorte, tu vois, tu peux faire sonner une jazzbox comme plein de choses différentes. La même chose arrive avec la guitare blues.

La plupart des gens prennent une Strat, ils jouent Hendrix, Stevie Ray Vaughan, Eric Clapton. Des choses du genre. Et donc ce que j’essaie de faire c’est de voir la guitare comme une guitare. Comme quelque chose qui fera ce que tu  en veux. Donc qu’est-ce que tu veux qu’elle fasse? Un peu comme, tu demandes le menu quand tu décroche ton instrument;

 CC: C’est vrai, c’est cool.

 JM: Un peu comme tu dis. Comme ces pâtes –

 CC: Aglio e aglio.

 JM: Tu demandes au chef à chaque fois que tu prends ton instrument, tu demandes au chef de faire quelque chose de diffèrent de ce qu’il y a au menu. Chaque instrument, chaque instrument a une ornière géométrique en elle. Pour la guitare, c’est la gamme pentatonique. La gamme pentatonique est la plus satisfaisante, la plus facile à apprendre. Et c’est facile à apprendre parce que c’est à peu près comme une boîte.  C’est presque symétrique de haut en bas. N’importe qui peut le faire. N’importe qui peut la ramasser.

 CC: Tu veux dire le « fingerwise »?

 JM: Ouais

 CC: Oh je vois oui

 JM: Donc, la façon dont les joueurs de guitare la voient, c’est juste cette boîte mobile. Littéralement, c’est juste une boîte mobile. La raison pour laquelle il y a tant de guitariste, c’est parce que les formes peuvent rester les mêmes, de haut en bas, jusqu’au cou. Je veux dire, le piano devient décontextualisé, chaque touche. Donc, pour les guitaristes, il y a cette géométrie où nous jouons d’abord avec les formes. C’est une aventure musculaire. Une aventure dans la géométrie.

 CC: Cela peut être pareil pour le piano.

 JM: Vraiment?

 CC: C’est possible. La même chose avec un piano.

 JM: Imagine-le comme un chef prêt à faire tout ce que tu veux. Mais de quoi tu as envie? Je ne sais pas, montre-moi un menu. Tu as faim de quoi?

 CC: Tu as développé avec certitude assez de technique avec l’instrument. Tu peux en faire à peu près tout ce que tu en veux il me semble.

 JM: Ok merci. Je ne sais même pas comment classer la chose que je ne peux pas faire. Il y a une certaine complexité dans le mouvement harmonique, comme une rivière tumultueuse. Et les rapides sont trop pour moi. Mais je pense aussi que tout le monde a ses forces et ses faiblesses. J’ai adoré Albert King en grandissant. Albert King ne jouait que quatre licks et j’aimais ça.

 CC: J’ai grandi dans ce courant de l’harmonie et du be-bop qui se déplace à travers les changements et tous ces genres de trucs. J’essaie d’apprendre à faire des mélodies sur une vamp. C’est mon truc préféré. Surtout depuis la découverte de la musique latine et la musique flamenco. C’était mon incursion dans les vamps.

 JM: N’est-ce pas comme un musicien qui voudrait être un tout autre musicien en même temps. C’est comme si tu étais une couleur de peinture, et tu as différents dégradés. Mais si tu es rouge tu ne peux pas être vert. Tu dois juste trainer avec des gars verts comme toi.

 CC: Je pense oui !

 JM: Tu vois ce que je veux dire?

 CC: Je pense qu’on fait de belles découvertes pendant ce chat ensemble.

 JM: C’est vraiment super oui. Qui sais ce qui va arriver. Mais je vais te dire, l’improvisation, je vais aussi te laisser avec cette chose, va sans cesse te laver le cerveau.

 CC: Merci. Je veux que tout le monde se souvienne de ce qu’il vient de dire.

 JM: Vraiment? Tu es d’accord?

 CC: Oui, c’est quelque chose pour moi que tu peux graver dans la pierre. Comment tu as dit?

 JM: Tu dois être en mesure de nettoyer ton cerveau après une improvisation. Mets toutes les idées dans la catégorie « non utilisées ».

 CC: Ouais, tu dois être la, et maintenant. Pas de passé.

 JM: Nettoie le bien. Tu sais, peut-être on se branchera et je cours toujours dans cette ornière  en disant « on a déjà fait un truc du genre » Bon, non en fait.

 CC: Euh oui, la tu es dans le passé.

 JM: C’est vrai. J’ai envie de te dire, l’allégorie c’est tellement comme le blackjack. Nouvelle partie, mêmes cartes. Les jetons sont sur la table. On a plus que trois jours à jouer. Je pourrai être millionnaire avec tous ces jetons. Du moment que j’y vais doucement, que je prends mon temps et que je fais attention. A chaque fois les cartes repartent et se re-mélangent, je n’ai pas encore vu une seule carte. Joue avec cet état d’esprit.

 CC: Allons jouer !

 JM: Tape m’en cinq Chick !

 CC: Je suis prêt, merci mec.

 JM: Merci ! C’est une poignée de main, une poignée de main audio.

 Bill Roney: Eh bien voilà, j’espère que vous avez apprécié ce podcast. Si vous voulez voir quelques photos de la session d’enregistrement de Chick avec John et ses amis  visitez notre page ChickCoreaMusicWorkshops.com.

Vous pourrez aussi y découvrir un atelier online très spécial à la fin du mois.

C’était ChickCoreaMusicWorkshops.com. A la prochaine.

 

Source: chickcoreamusicworkshops.com

Grammy Beatles Special – Interview John Mayer

Beatles Special

 

John Mayer discute de l’impact de cette première prestation des Beatles, aux USA,  au Ed Sullivan Theater le 9 Février 1964.
The Night That Changed America : A GRAMMY Salute to the Beatles sera diffusé le dimanche 9 février uniquement sur CBS.

John interprétera notamment un classique des Fab Four « Don’t Let Me Down » avec son accolyte Keith Urban lors de cette soirée.

 

« C’est assez incroyable quand tu y pense, les Beatles restent toujours numéro sur toutes ces listes de, tu sais, ces listes de meilleures performances.
On pourrait penser qu’à un moment donné les Beatles, lors de cette prestation au Ed Sullivan Show, laisserait leur place de numéro un à quelqu’un d’autre, mais ce n’est pas arrivé, parce que c’est juste un moment unique. C’est un peu l’enfance de la télévision et la petite enfance du Rock’n’Roll , et en quelque sorte ça colle bien ensemble.

Et si tu fais partie de cette troisième ou quatrième génération de fan de rock comme je le suis, tu regardes en arrière, au tout début de cette première génération et tu te dis, « wow c’est incroyable ! »
Je veux dire, pour des gens comme, des gens de mon âge … Jimi Hendrix n’existait pas. Ce n’était pas une personne! Tu sais, c’est un musicien, et une icône et un guitariste et il est sur des disques . Et je pense que cette fascination que oui, les Beatles existait, c’était un groupe! Et Ed Sullivan existait .

C’est très difficile de toucher ça et de se rendre compte que cela ait existé, heureusement qu’on a mis la main sur ce genre de preuves. Et tu sais, maintenant on est dans ce bâtiment, c’est un peu une sorte de sanctuaire et la preuve que, oui, … nous n’étions pas encore en vie mais tout ça a vraiment existé. Tu comprends? Et je pense que ce qui est génial, c’est d’être tous réunis dans ce théâtre et jouer sur la même scène , alors que tant d’autres grands musiciens sont passés par là aussi ».

 

 

 

Merci à mon amie Mimi Hodgkins pour m’avoir retranscris le texte anglais, je bloquais sur quelques phrases et son aide a été précieuse, c’est qu’il parle vite ce John! 

 

Source: YouTube

 

Katy Perry veut donner son boyfriend à la science !

Un petit post potin cela faisait longtemps et j’avoue que j’ai bien ri en lisant celui là, je devais le partager avec vous !

Lors d’une récente interview pour « Billboard » Katy Perry qualifiait John Mayer de « génie musical » et explique qu’elle lui aurait même fait part de sa volonté de donner son cerveau à la science pour étudier d’ou vient son don pour la musique… Elle déclare « Je lui ai dit dernièrement « Chéri tu sais je vais devoir donner ton cerveau à la science quand tu ne sera plus là, il faut que le monde étudie et comprenne comment toutes ces étincelles fonctionnent en toi ».  » (Ok Katy…)

« Quand il commence quelque chose il sait parfaitement comment mener à bien la chose, je lui demande souvent son avis ou son aide ». On apprendra aussi que « je suis épatée quand John finit des mots fléchés en moins de 10 minutes au lit ». (Merveilleux)

 

Katy Billboard 2013

 

Elle explique aussi vouloir diriger sa musique vers un son plus folk depuis qu’elle fréquente John. Révélation difficile à croire lorsque l’on écoute « Walking On Air » un des titres de son prochain album « Prism » récemment dévoilé. Un son définitivement… je ne trouve pas de qualificatif je me contenterai de dire qu’il ne sonne pas du tout « Katy Perriste ». Un titre qui sort tout droit du début de la dance des années 90…

Entre « Roar » définitivement pop et le mélancholique « By The Grace Of God » (qui traite de ses envies de suicide après son divorce d’avec Russell Brand) c’est un peu un gros bordel des genres cet album.
Qu’en pensez vous ?

 

A noter que Katy à récemment tweeté qu’elle serait à Londres fin septembre (à l’occasion de l’iTunes Festival) mais aussi fin Octobre ! Son album sort le 22, son anniversaire étant le 25 Octobre, sachant que John sera à Londres aussi le 20 et 26 Octobre cela ne m’étonnerait pas qu’elle l’accompagne.

Voilà, vous pouvez reprendre une activité normale, et moi écrire des posts plus intéressants…

Source: billboard.com – dailymail.co.uk

 

Recap du reportage CBS Sunday Morning

Il y a quelque heures la chaîne CBS diffusait dans son émission « Sunday Morning » un reportage exclusif sur John Mayer filmé pendant sa période de convalescence. En attendant la vidéo j’ai retranscris pour vous l’intégralité de l’interview.

EDIT Lien Video
http://m.cbsnews.com/postwatch.rbml?pageType=video&cbsID=50140744

La chanson « Your Body Is a Wonderland » sortie en 2002 à permis à John Mayer de remporter le Grammy Award de la meilleure performance vocale pop masculine.
Maintenant, après une interruption volontaire de la scène, Mayer espère chanter à nouveau dans quelques mois. Il parle de cela et d’autres changements dans sa vie avec Anthony Mason…

 

JM CBS Interview

 

« Big Sky » est l’endroit idéal pour une rockstar qui essaie de guérir. John Mayer a récemment acheté 15 hectares de terrain le long de la rivière Yellowstone dans le Montana occidental, entre deux chaînes de montagne, les montagnes Absaroka et la chaîne Gallatin.

« Je suis venu ici la première fois il y a environ un an et demi, pendant mon repos vocal après mon opération » dit Mayer.

« J’imagine que lorsque tu as essayé de ne pas utiliser ta voix ce fut un très bon endroit » demande Mason.

« Ah ouais. Regarder des films, cuisiner. Juste ici. Je ne vois pas comment on ne peut pas être heureux ici. »

 

Mayer/Mason

 

Le chanteur de 35 ans est venu ici pour récupérer après sa chirurgie vocale et se remettre de quelques blessures auto infligées dans les médias.

« Je pense qu’à la minute ou tu revois un paparazzi, tu veux vite revenir ici », dit Mason.

« Oui, mais tu sais quoi? Ils ne peuvent pas obtenir certaines choses, » réponds Mayer. « Ils ne savent pas ce que je pense. D’une certaine manière, être obligé de m’arrêter a été la plus belle chose au monde, parce que maintenant j’ai trois ans de capital constitué sans que personne ne sache ce que j’ai dans la tête. »

Mayer est l’un des plus grands chanteur-compositeur-interprète de la dernière décennie. Il a sorti trois albums numéro un et remporté sept Grammy Awards. Mais une succession de petites amies célèbres – Jessica Simpson, Jennifer Aniston, Taylor Swift, Katy Perry – a fait de lui un homme de premier plan dans les tabloïds, ce qui à parfois obscurcit, ses talents de guitariste.

– « Penses-tu que ton image de marque a finalement entaché ton image en tant que musicien? » demande Mason.

– « Ce n’est pas l’idéal. J’aimerais être connu essentiellement pour ma musique, vraiment ».

Mais Mayer perd son plus célèbre instrument, sa voix, quand il a développé un granulome sur ses cordes vocales.

La chirurgie à enlevé l’excroissance, mais elle est revenue. Et quand nous avons rencontré Mayer en Octobre à New York, il venait juste d’avoir une injection de botox:

– « A travers le cou, ce qui était fascinant » dit-il. « C’est une aiguille suffisamment petite pour que tu ne t’affoles pas trop quand tu la vois. »

Les traitements ont alors forcé John à ne plus chanter, voire même parler, et a annuler sa tournée qui allait promouvoir son dernier album.

« Je suis tout d’abord, comme, émotionnellement super fragile pendant toute cette période, parce que je suis comme sans emploi, tu vois? » a t-il dit à l’époque.

Mason s’est rendu avec John lors d’une visite chez le Dr Gwen Korovin, qui l’a convoqué pour tenter un nouveau diagnostic. L’image est encourageante. « Ça a l’air d’aller mieux pour vous », dit-elle.

La croissance, aujourd’hui à peine perceptible, est presque guérie.

Mason a demandé ce que le botox a fait. « Le botox permet aux cordes vocales de ne pas se toucher » explique le Dr Korovin. « Il paralyse les muscles afin que vous ne pouvez pas rapprocher les cordes vocales ensemble. Cela leur permet de se reposer si la zone n’est pas solicitée. »

Ironie du sort, Mayer a perdu sa voix, après deux interviews largement controversées, ou il n’avait certainement pas tourné sept fois sa langue avant de parler…

– « Qu’est ce qui a été le plus difficile pour toi? Gérer le retour des interviews? Ou faire face à l’incapacité de chanter? » demande Mason.

– « Les interviews, c’est évident. »

Lors de conversations avec le magazine « Rolling Stone » et « Playboy », Mayer a fait quelques remarques sur la couleur et la race de ses relations antérieures, il qualifie même son ancienne petite amie Jessica Simpson de « napalm sexuel. »

– « J’étais juste un imbécile », dit Mayer maintenant. « Et c’est difficile pour les gens de comprendre cela. »

– « Qu’est-ce qui a changé? » demande Mason.

– « C’est très libérateur quand finalement tu te rends compte qu’il est impossible de rendre tout le monde comme toi », dit Mayer. « Je voulais que tout le monde m’aime. Je pensais que c’était bien de polémiquer et de partir dans tous les sens. »

– « Pourquoi cela, pourquoi vouloir que tout le monde t’aime? »

– « Extrême conscience de soi », répondit-il.

– « Alors, ça se fait comment? »

– « Affronter toutes les batailles, ne pas faire pause, ne pas regarder – ne pas être honnête, ne pas dire, tu sais, admettons que nous ne connaissons pas l’étape suivante.
C’aurait été une super interview avec « Rolling Stone » si j’avais dis :
« Voici ce qui se passe dans ma vie, j’avais un plan pour moi-même, je n’ai aucune idée de là où j’en suis. Mon rêve était de faire des disques. Maintenant, je vais faire mon quatrième. Et je n’ai jamais eu un rêve au sujet d’un quatrième album. Je n’ai jamais rien vu venir où je serai considéré comme un séducteur infâme. Je n’ai rien vu de tout cela arriver. Je suis extrêmement mal à l’aise avec tout çà et je veux pleurer. »

« C’aurait pu être une interview incroyable! »

– « Est-ce vrai? » demande Mason.

– « Oui, absolument ».

Mayer a un esprit vif, il est rapide mais parfois il semble qu’il ai du mal a se contenir.

– « Tu as plus parlé que penser dans le passé », souligne Mason. « À un moment, je pense que tu as dit: « Le « trop penser » m’a tout donné dans ma carrière. »

– « On m’a donné un auditoire. Cela m’a donné une vie. Ça m’a donné des crises de panique. Cela m’a donné amis et ça m’a aussi fait des ennemis », dit Mayer.

– « Et tu ne peux pas arrêter ça? »

– « Non mais j’ai appris à ralentir, tu sais? »

Sur l’un des titres de son album, « Shadow Days », Mayer semble vouloir mettre tout cela derrière lui.

– « Était-ce un effort de ta part de t’aimer à nouveau? » demande Mason.

– « Bien sûr. Bien sûr », réponds John.

« I’m a good man with a good heart
had a tough time, got a rough start
But I finally learned to let it go. »

– « J’aurai aimé grandir d’un an de plus chaque année de ma vie, et je ne l’ai pas fait », dit Mayer. « Je me suis arrêté à une certaine période. Et j’avais 24 ans pendant six ans ou quelque chose comme çà. Et puis l’impasse s’est effacée. Et d’un coup j’ai 35 ans. C’est juste, c’était une façon bizarre d’y parvenir, tu vois ce que je veux dire? «  dit-il en riant.

– « Quelqu’un pourrait regarder tout ça et dire, s’il voulait vivre une vie privée, il pourrait emménager dans le Montana, ou choisir une petite amie avec un profil bas. »

– « C’est vrai », dit Mayer.

– « Maintenant, tu parles d’être si impitoyable sur ton image de marque que tu es prêt à dire à quelqu’un: Je vous aime beaucoup, mais à cause de qui vous êtes, je ne veux pas vous connaître mieux. »

« Allez, tu as quand même eu une sacrée série de copines célèbres. »

– « Je sais. Je ne pense pas être en relation avec la célébrité. Pour la première fois de ma vie, je ne pense pas que je suis dans une relation de célébrité. Je ne sais vraiment pas. C’est difficile à expliquer … « .

– « Tu ne le sens pas comme çà toi? »

– « Non je ne le sens pas comme çà. Et c’est génial! Je suis content. Mais je vois ce que tu veux dire. Je ne le nie pas. Je dis que pour moi, il se sent comme quelque chose de très humain. »

– « Tu te vois te marier un jour? »

– « Bien sûr. Je veux dire, je suis toujours le gamin du Connecticut. C’est ce que l’on est censés faire. »

Le mois dernier, à Bozeman dans le Montana, une partie du voyage de Mayer a pris fin. Il est apparu à un concert de charité, et cette nuit-là, il a fait quelque chose qu’il n’avait pas fait depuis près de deux ans: il a chanté.

Sa voix est toujours rauque. Et il faudra encore quelques mois avant que les pleins effets du botox s’estompent. Mais cet été Mayer partira en tournée à nouveau.

Son silence a pris fin, John Mayer ne dira que ce qu’il veut dire.

– « Voudrais-tu de quelque façon que tu peux, te débarrasser de ton personnage public? » demande Mason.

– « Oui. Je suis tellement plus un musicien plutôt que quelqu’un avec qui tu voudrais prendre un repas » répond Mayer.
« Mais je pense juste continuer à créer de la musique – et je serais toujours un peu bizarre », il dit en souriant.

« Je serai toujours un peu bizarre. Que dis-tu de cela? »

 

Source: cbsnews.com